samedi 4 mars 2017

Matthias Schoenaerts en héros romantique: Loin de la foule déchaînée.



Ces derniers temps le net abonde en "Matthias-mania" et en " Schoenaerts- craze". Chaque jour vous trouverez sur YouTube une douzaine d'interviews en hollandais, anglais ou francais où, de New York à Cannes, de talk-show en plateaux de tournage il analyse ses rôles ou raconte sa vie et où des stars Oscarisees ( ou presque) telles Kate Winslet,Marion Cotillard ou Carey Mulligan disent leur bonheur d'avoir tourné avec lui. Schoenaerts est, de toute évidence, devenu une étoile montante dans le firmament du cinéma mondiale. Et ceux d'entre- vous qui ont pu voir " Loin de la foule déchaînée",sorti sur les écrans en 2015, se diront que le jeune acteur belge ( flamand) le mérite bien. C'est avec ce film que Matthias Schoenaerts, qui s'est fait connaître dans Bullhead, De rouille et d'os, ou Maryland, tous empreints d'action et de langage violents,démontre, en passant dans un tout autre registre, l'étendue et la  richesse de ses capacités d'acteur.

" Loin de la foule déchaînée" ( Far from the Madding Crowd) est le titre d'un petit bijou de la littérature anglaise du 19- eme siècle, écrit par Thomas Hardy en 1874. C'est l'exemple classique de ce qu'on a appelé un roman pastoral ( certains disent même " une romance pastorale" : l'amour entre un berger et une bergère dans une campagne paisible et idyllique...).Cependant, même si l'histoire de Bathsheba Everdene et ses trois amoureux se situe dans le paysage merveilleusement calme et champêtre de ce que Hardy a appelé le Wessex, une région qui sert de cadre à plusieurs de ses romans, ( en réalité le Dorset dans le sud- ouest de l'Angletrre), certains aspects de "Loin  de la foule déchaînee" ne sont ni archaïques , ni paisibles, ni angéliques mais sont, au contraire, d'une étonnante modernité voire d'actualité. Ce qui fait la popularité de ce roman encore 140 ans après sa publication. Et qui a motivé les scénaristes et les réalisateurs du 20eme  siècle ( la version 1967 de John Schlesinger) et du 21-eme siècle ( notre version de 2015 réalisé par  le Danois Thomas Vinterberg) d'en faire deux très belles adaptations cinématographiques.

Les trois versions , le roman, le film de 1967 et la version 2015, toutes dignes d'intérêt, différent sur plusieurs points, le plus important étant la caractérisation et,surtout ,l'importance accordée à un des personnages,  Gabriel Oak, le berger devenu régisseur d'un domaine agricole. Le rôle que joue Matthias Schoenaerts.

Bathsheba Everdene, fermière qui hérite un grand domaine agricole est aimée , courtisée et demandée en mariage par trois hommes. Le fidèle, honnête, presqu'angélique Gabriel, le beau sergent Troy, conquérant , aventurier et théâtral, et  finalement le Gentleman Farmer  Bolwood ,  qui par son amour obsessionnel pour Bathsheba perd la raison et commet un crime. Dans la version 1967, Bathsheba Everdene est interprétée par la belle Julie Christie, Gabriel Oak par Alan Bates, Sergeant Troy par l'icône des Sixties, Terence Stamp et Bolwood par Peter Finch. Cette première adaptation très fidèle du roman, très belle, (égale en beauté à la version 2015) est peu connue par la jeune generation, qui a souvent oublié les acteurs, stars célèbres à l'epoque. Mais même si les jeunes visionnent cette ancienne.version  et admirent certains de ses aspects , notamment le jeu superbe de Terrence Stamp qui n'a pas vieilli d'un iota, ils seront déçus par le personnage joué par Alan Bâtes: Gabriel Oak, , une des grandes figures de la littérature romantique....Dieu sait si Sir Alan Bates était un bon acteur ( Zorba le grec!!Georgie Girl! An Englishman Abroad, et combien d’autres rôles merveilleusement joués!) mais son Gabriel Oak est aujourd'hui complètement dépassé. Plus du tout conforme à ce que les nouvelles générations considèrent comme héros romantique . Bref,dans ce rôle, Alan Bates n'est pas Sexy. Son personnage est totalement inapte de  " dompter" une femme indépendante et forte  comme Bathsheba Everdene.( a titre de comparaison, voir sur YouTube «  Bathsheba and Troy at
Maiden Cast », une scène de conquête amoureuse a l’aide d’un sabre, l’amour étant assimilé à une attaque de la cavalerie...Voir aussi le jeux superbe de Terence Stamp dans la scène «  OneMorning in May « , également sur YouTube.Ce sont dès veritable morceaux d’anthologie cinématographique!)

C'´est à ce défaut de l'ancienne version que le scénariste  David Nicholls a brillamment remédié en
2015, en taillant un rôle sur mesure pour Matthia Scoenarerts et en faisant de Gabriel Oak la figure masculine centrale du récit. Le Gabriel de Schoenaerts est amoureux, mais il n'est pas servile. Il est honnête, fidèle, droit, intelligent ,sensible. A la fois pudique et fier. Son personnage est éminemment attachant. Bathsheba ( Carey Mulligan, superbe!) lui fait mal mais n'arrive jamais à le  manipuler ou le soumettre.  Si dans la version  1967 Gabriel ou le Gentleman Farmer Bolwood n'arrivent jamais totalement éclipser la figure de l'aventurier Sergeant Troy, dans la version de 2015 Gabriel est celui avec qui Bathseba a la relation la plus proche, la plus naturelle, la plus organique, et dans ce sens , la plus crédible.Et aussi la plus adaptée à notre modernité. Si Bathsheba fait mine de ne pas l'aimer ( tout en prenant son amour à lui pour une chose totalement acquise,permanente et éternelle ) , c'est vers lui qu'elle court à chaque difficulté. Et c'est seulement quand il est vraiment prêt à la quitter,qu'elle se rend compte que l'amour de Gabriel constituait  la chose la plus importante de sa vie: son armature, son refuge. D'où la très belle fin, en apothéose, qui, de manière compréhensible,  va enrager la critique féministe!

Rendre une telle relation et , surtout, une telle fin totalement crédibles face à une figure emblématique  de la littérature victorienne comme Bathseba  Everdene (et surtout face à une interprétation brillante et subtile comme celle de Carey Mulligan !)  est tout le mérite de Matthias Schoenaerts. Avec des gestes mesurés , peu de mots et son visage, ses yeux toujours  si expressifs ,il colle complètement  au rôle.Son jeu  est plein de force et de dignité tranquille, très viril, mais sans une trace de la violence qui caractérise certains de ses rôles précédents . Bref, il y a dans ce film tout pour rendre Schoenaerts encore plus populaire. Et lui ouvrir d'horizons de plus en plus larges.

Espérons qu'il saura éviter les pièges de la jungle hollywoodienne!!


Elisheva Guggenheim -Mohosh


Prochain article: Ces européens que Hollywood  nous envie!

samedi 21 juin 2014

Série de six articles sur la guerre de Corée:avis!

Chers amis, vous trouverez la  première partie  de cette série placée en fin de série,
APRES la sixième partie!Mille excuses.

Je vous recommande la lecture de ces articles consacrés au conflit qui a devasté la péninsule coréenne entre 1950 et 1953, pour  essayer de mettre les relations actuelles entre  les deux Corées  dans une perspective historique, celle de la Guerre froide. La Guerre de Corée fut la première " Guerre Onusienne" ! Par moments elle a failli dégénérer en  une Troisième Guerre Mondiale. Elle servait aussi d'arrière plan à la fameuse confrontation ( psychodrame?) entre le Président des États Unis , Harry Truman et son  bouillant général, Commandant des Forces Onusiennes, Douglas MacArthur!

Vos questions et vos commentaires sont les bienvenus!

D'autre part je vous invite de visiter mon autre blog: Les commérages historiques
d'Elisheva Guggenheim,.commerageshistoriques.blogspot.com
Des articles, essentiellement consacrés aux dynasties Tudor et Stuart.

Elisheva Guggenheim-Mohosh

La guerre de Corée, deuxième partie: une simple opération de police?






Au début de l’année 1950, la philosophie politico-militaire des Etats-Unis a été résumée dans un document qui est resté dans l’Histoire comme « NSC-68 ».Le ton de ce document est très pessimiste, à la fois en ce qui concerne les intentions du bloc soviétique et la capacité de se défendre  « du monde libre »…NSC-68 donne une image irrémédiablement nocive et destructive du communisme, l’image d’une agressivité sans fin , une agressivité à laquelle les Etats- Unis  ne sont pas en mesure de répondre.NSC-68 recommande 50 milliards de $ pour remédier à cette faiblesse.

En effet, en 1950, les Etats –Unis sont très affaiblis sur le plan militaire. Le nombre des soldats est plus petit qu’il n’était au moment de l’attaque surprises sur Pearl Harbor. La frénésie de démobilisation à la fin de la guerre a touché tous les secteurs. L’armement est vieilli, les programmes d’entraînement retardés, les unités sous-équipées, le budget réduit .On est encore très loin  des 50 milliards prévus par NSC-68…

C’est dans ce contexte qu’à l’aube du 25 juin 1950 les canons Nord-Coréens commencent à cracher le feu. Le barrage d’artillerie est dévastateur et l’armée Nord –Coréenne balaie en quelques heures les faibles forces du régime de Syngman Rhee. Les forces de Kim Il Sung  passent le 38° parallèle et entrent en Corée du Sud.

Les jours qui vont suivre pèseront lourd dans l’Histoire. Le 25 juin, le Conseil de Sécurité des
Nations Unis, en l’absence du délégué russe Yakov Malik, qui boycotte la séance, condamnent l’agression Nord-Coréenne. Le 27 juin, le général Douglas MacArthur, commandant des forces américaines au Japon, reçoit l’ordre de soutenir les forces Sud-Coréennes avec des forces aériennes et navales. Les citoyens américains sont évacués de Corée et la 7-ème Flotte croise au large de Formose. Cette dernière mesure vise autant de prévénir une attaque communiste contre la Chine que d’empêcher Chang Kai Chek de débarquer sur le continent chinois et de recommencer sa guerre contre Mao Tse Tung….Ce n’est vraiment pas le moment…

Le même jour, le 27 juin 1950 , le Conseil de Sécurité prendra une résolution historique, toujours en absence du délégué russe (qui ne sera, donc, pas en  mesure d’y opposer son véto !!). Cette résolution appelle tous les membres des Nations Unies à repousser l’agression Nord Coréenne et de rétablir, par TOUS LES MOYENS à leur disposition la paix dans la péninsule coréenne.

Le 28 juin les troupes Nord-Coréennes pénètrent dans Séoul et le 30 juin le Président Harry Truman autorise donc, sans consultation préalable du Congrès (mais avec son approbation ultérieure) l’intervention des forces terrestres américaines  sur le sol coréen.

Lorsque la crise coréenne éclate les deux composantes de la personnalité de Truman entrent en conflit : d’un côté la détermination, de l’autre côté la prudence. D’une part Truman tremble à l’idée que la  Corée ne soit qu’une diversion et qu’un conflit avec les communistes puisse éclater ailleurs, en Asie ou en Europe, en ce moment si inopportun pour l’Amérique affaiblie sur le plan militaire. Son premier souci est, donc, de prévenir une conflagration mondiale à propos de la Corée. A la question des journalistes « Monsieur le Préddent, sommes-nous en Guerre ? » Truman répond qu’il s’agit seulement d’une SIMPLE OPERATION DE POLICE destinée à repousser un tas de bandits communistes…
La Guerre de Corée est la première guerre onusienne de l’Histoire. Le très égocentrique, voire
égomaniaque héros de la Guerre du Pacifique, Douglas MacArthur, qui se comporte au Japon tel un
Shogun, prendra la tête des forces américano-onusiennes qui débarqueront sur le sol coréen dès juillet 1950. Des forces canadiennes, turques, anglaises, néerlandaises, grecques,colombiennes vont se joindre aux troupes américaines stationnées au Japon. Ces soldats haïssent la Corée. Ils haïssent sa chaleur, l’odeur des engrais humains qui couvrent les champs… Les américains n’ont qu’une idée en tête : que cette « Opéraion de Police » finisse vite, qu’on soit de retour au pays à Noël. (Home by Christmas…) Dans leur pires rêves ils n’imaginent l’enfer qui les attend : un enfer de trois ans et le monde au bord d’une troisième guerre mondiale.

Fin de la deuxième partie. Cette série va comporter 6 articles.Prochain article: Le début de la
mésentente entre le Président Truman et le Général  MacArthur!


Je vous recommande la lecture du livre de Sir Max Hastings , « The Korean War », paru chez Pan Books en 1987 ainsi que la consultation du numéro de mars 2013 de la revue l’Histoire.Je vous reccomande aussi la lecture des mémoires de George F Kennan, "Memoirs, 1925-1950",,parus chez Little et Brown en 1967 ou en paperback chez Bantam 1969: absolument superbe! Un must pour celui qui s'interesse a l'histoire diplomatique américaine!

Elisheva Guggenheim-Mohosh

La guerre de Corée, troisième partie: début de la mésentente Truman-MacArthur!






Au début du mois de décembre 1950 Washington prévient Douglas MacArthur : Oui au harassement de l’ennemi Nord Coréen en déroute, même au-delà du 38° parallèle. Non à un comportement pouvant provoquer une intervention russe ou chinoise dans le conflit. Il ne faut surtout pas perdre de vue – dit Washington – que le port soviétique de Vladivostok n’est qu’à 60 km au Nord-Est de la frontière coréenne!

Et c’est ici que le bât blesse. Il n’y a pas de réelle identité de vue entre le Président Truman et son commandant en Extrème-Orient  au sujet des objectifs fondamentaux de l’intervention américano-onusienne en Corée. Le Président Truman  veut contrer l’expansionnisme russe en
repoussant l’ennemi. Mac Arthur, lui, veut anéantir l’ennemi .Pour ce faire , il  est prêt de porter la guerre au-delà de la frontière coréenne, sur terre chinoise. Ou russe, s’il le faut.

N’a-t-il pas défini le 26 août 1950, dans un discours devant les anciens combattants, la ligne de défense des Etats-Unis  comme «  une ligne  allant de Vladivostok à Singapour » ? N’a-t-il pas déclaré que « seule la maîtrise de cette ligne de défense fera de l’Océan Pacifique un Lac Paisible » (a Peaceful Lake…) ?

Bien sûr, devant le tollé déclenché à Washington MacArthur se rétracte….D’ailleurs, en bon soldat discipliné, ne se rétracte-t-il pas toujours ? Il retire donc tout ce qu’il a dit. Chaque mot
prononcé….APRES leur publication par les journaux.


Truman fulmine et rêve. Faute de pouvoir baîlloner son général encombrant, il rêve de pouvoir le congédier… Un jour….Mais pas maintenant. Pas après la grande victoire du Port d’Inchon, le 15 septembre 1950.


Pour le moment, il s’agit d’aller au devant de MacArthur chez lui, dans son fief du Pacifique. La rencontre Truman-MacArthur a lieu le 15 octobre 1950, sur l’île de Wake. Curieusement, on parle peu du conflit coréen, considéré comme étant- plus ou moins- terminé… On parle du plan de la reconstruction de la Corée en ruines, on parle de l’amélioration du traité de paix avec le Japon, on parle du Pacifique en général. On parle même dune possibilité de redéploiement des troupes ayant combattu en Corée : en Europe, ou ailleurs.

Les craintes du Président Truman à propos d’une éventuelle intervention chinoise ? MacArthur les balaie d’un geste de la main. C’est vrai, le premier octobre 1950 le Premier ministre chinois Chu En Lai a convoqué l’ambassadeur indien et lui a annoncé en termes très clairs que si les forces Sud-Coréennes et américano-onusiennes traversent le 38° parallèle, la Chine entrera dans le conflit. Egalement vrai : New Delhi a transmis ce message à toutes les capitales du monde, Washington en tête. Vrai aussi : les services de renseignement alliés ont averti MacArthur des concentrations suspectes de troupes chinoises en Mandchurie. Mais MacArthur ne croit pas à une intervention chinoise dans le conflit. Ou alors quelques dizaines de milliers d’hommes, peut-être…

Au moment où le général Douglas MacArthur parle ainsi, près d’un quart de million de soldats chinois ont déjà traversé la rivière Yalu et se cachent, disséminés dans les collines Nord-Coréennes. Plus d’un million d’autres soldats chinois se tiennent près sur la rive chinoise du fleuve.

Fin de la troisième partie.

Elisheva Guggenheim-Mohosh


La guerre de Corée, quatrième partie:L'hiver terrible....





Dans notre précédent article nous avons vu la genèse de la mésentente entre le Président Truman et son  subordonné têtu et egocentrique, le général Douglas MacArthur. MacArthur balaie d’un geste de la main les craintes de Truman concernant la possibilité d’une intervention chinoise dans le conflit coréen. Il estime que si intervention il y a, elle se limitera à quelques dizaines de milliers de soldats…


Au moment  où MacArthur parle ainsi (fin 1950) près d’un quart de million de soldats chinois ont déjà traversé la rivière Yalu (la frontière entre la Corée du Nord et la Chine), et se cachent,
disséminés, dans les collines et les montagnes Nord-Coréens. Près d’un million d’autres se tiennent prêts à intervenir, sur la rive chinoise du fleuve.

A 20 000 kilomètres plus loin, à Washington, le Pentagon se range à l’avis de MacArthur, en qualifiant les menaces, pourtant très clairement exprimées, du Premier ministre chinois, Chu En Lai, de « bluff communiste ».Les troupes américano-onusiennes poursuivent les combats  sur tout le territoire Nord-Coréen et chassent l’ennemi jusqu’à la frontière mandchourienne. L’ordre donné est de nettoyer toute la péninsule coréenne des agresseurs communistes. Néanmoins, Washington impose une interdiction formelle de traverser la frontière chinoise, que  ce soit par la voie terrestre ou aérienne ! Même les vols de reconnaissance au dessus de la rivière Yalu sont interdites.

Comme les aveugles dans  un tableau de Pieter Breughel, les troupes de l’ONU avancent…Le paysage est désolé, le pays inhospitalier. L’hiver coréen approche. L’ennemi chinois qui se cache dans les collines sait tout des mouvements des troupes alliées. Les alliées ignorent jusqu’à l’existence de l’ennemi chinois…

Début novembre c’est le choc. Des vagues de soldats chinois déferlent sur une unité américaine  coupée de ses arrières. Même le Pentagon doit se rendre à l’évidence. MacArthur s’est trompé. On est en face d’une attaque massive. On est en face d’un ennemi nouveau et d’une guerre nouvelle : une guerre avec la Chine. La Chine avec ses étendues infinies et ses ressources humaines inépuisables. Et reconnaître enfin que les « Boys » ne seront pas chez eux pour Noël. (« Home by Christmas »…) Que cette guerre sera très longue.

Dès le 6 novembre  MacArthur, très alarmé, demande la levée de l’interdiction de bombarder  la rivière Yalu. On lui donne donc la permission de bombarder les ponts de la rivière Yalu pour interrompre le flux d’hommes et de matériel provenant de Mandchourie. Mais on lui interdit strictement d’atteindre des objectifs se trouvant de l’autre côté du fleuve, sur la rive chinoise, notamment les barrages et les installations hydrauliques. Malgré cette limitation, le 24 novembre 1950 les forces chinoises déclenchent une offensive terrible. Les forces des Nations Unies reculent. Les unités de l’armée Turque protègent leur retraite avec un courage  exemplaire et subissent des pertes considérables.

Côté américain la Première division des Marines  est encerclée et doit être évacuée par mer. Lorsqu’on lui fait remarquer que les Marines reculent, le général Oliver Smith, dans un accès d’humour noir, s’écrie « RETREAT HELL !... I’m just attacking in another direction !! » (Comment ça je recule ? Je ne fais qu’attaquer dans une autre direction…) « Retreat Hell » est devenu une phrase aussi célèbre que le  le fameux « Nuts !!! » (foutaises..) prononcé par le général américain McAuliffe en 1944, durant la Bataille des Ardennes, lorsque les  Allemands lui ont demandé de capituler avec ses forces encerclées à Bastogne.

Fin de la quatrième partie .Prochain article : Truman-MacArthur, le choc final.

Je vous propose de voir le très bon film de Mark Robson , Les Ponts de Toko-Ri, (1954) avec une distribution très brillante : William Holden, Grace Kelly, Mickey Rooney, Fredric March.
Film basé  sur le roman de James Michener, avec d’images de combat remarquables et une réfléxion très désabusée et lucide sur cette Guerre de Corée, que déjà ses contemporains ont surnommée « The Forgotten War » : La guerre oubliée.

Elisheva Guggenheim-Mohosh




La guerre de Corée, cinquième partie: Truman- MacArthur, psychodrame et choc final!




En Corée, comme à Washington, on fête tristement Noël 1950. Le très aimé général Walton Walker s’est tué dans un stupide accident de jeep le 23 décembre. Il est remplacé par le général Matthew Ridgway, qui doit tout de suite faire face à un demi million de soldats chinois qui déferlent sur les troupes américano-onusiennes. Comme si tous les sacrifices de l’année 1950 ne servaient à rien, Séoul tombe une nouvelle fois, le 4 janvier 1951. Donc, c’est le retour à la case départ : celle de juin 1950.

Il est maintenant tout à fait clair que les Etats-Unis se sont fait piéger en provoquant l’intervention chinoise. Et il est également clair que ce n’et plus une guerre qu’on pourra gagner sans y investir des moyens énormes et sans prendre des risques énormes !

De plus, le Président Truman n’est toujours pas libéré de sa peur initiale : a peur que la Corée ne soit qu’une diversion et qu’une attaque communiste de grande envergure se prépare ailleurs. Et si c’était le cas, comment transférer des troupes stationnées en Europe ou en Amérique pour les besoins de la superoffensive  imaginée par Douglas Mac Arthur ?(voir nos précédents articles.) On ne peut, en aucun cas, sacrifier la vie de centaines de milliers de soldats américains pour venir à bout d’une multitude inépuisable de chinois hostiles ! On ne peut pas, non plus, engager les Nations Unies dans une aventure sans fin et sans limites! Déjà, certains gouvernements alliés ont froncé les sourcils lorsque MacArthur a traversé le 38° parallèle. Peu seraient les pays qui suivraient les Etats-Unis dans une guerre à outrance contre la Chine. La Chine soutenue par les armes russes…

Tandis que sur le terrain commence une contre-offensive, menée par Matthew Ridgway, contre-offensive qui repoussera les communistes au Nord du 38° parallèle, le duel verbal entre Washington (Truman) et Tokyo (MacArthur) ne fait que s’exacerber. Peut-être le général Douglas MacArthur ne se rend pas compte combien son comportement est sans précédent. Lui, qui aurait immédiatement mis devant une Cour Martiale n’importe lequel de ses officiers qui se serait permis de donner des conférences de presse pour le critiquer, ne se prive pas de critiquer ouvertement les décisions de son commandant en chef, à savoir le Président des Etats-Unis !

C’est que MacArthur, un des grands vainqueurs de la guerre à outrance, la guerre illimitée que fut la Deuxième Guerre mondiale, est totalement incapable d’imaginer l’usage limité de la force. Cette théorie nouvelle, « à la mode » à Washington, lui semble une théorie fumeuse… « La Guerre Limitée »…Mais qu’est-ce que c’est ?!! L’ennemi est là pour être vaincu, un point, c’est tout ! « IN WAR THERE IS NO SUBSTITUTE FOR VICTORY ! »-« Dans une guerre il n’y a pas de  solution de rechange à a victoire ! »-dira-t-il.

Fin mars 1951, alors que la contre-offensive que mène (sans fanfares !) Matthew Ridgway est en train de réussir, MacArthur sort un chef-d’oeuvre de mépris à l’égard de Washington. IL informe l’ennemi que, malgré les restrictions extravagantes qu’on LUI a imposées, IL a, LUI, fait avancer la situation au point où l’ennemi communiste n’a qu’à déposer les armes. Donc LUI, MacArthur, offre généreusement  au commandant en chef des forces ennemies de négocier  avec lui,sur le champ de bataille,  un accord de  cessez-le-feu. Sinon, SA riposte sera terrible. C’est ce qu’on  lui a enseigné à l’Académie Militaire de West Point ! West  Point , où IL a eu l’honneur d’apprendre le métier de la guerre. Contrairement à d’autres (….), qui n’y sont pas allés…

A Washington, les spéculations vont bon train : »  le petit politicien du Missouri »
  ( entendez par la  le Presdent des États  Unis, Harry S.  Truman ) osera-t-il congédier le “Lion des Philippines”,  le “Héros de Bataan,”, le “ Vainquer du Pacifique”, le “Pacificateur du Japon”?


Il ose.

Le 11 avril, un message est adressé à Douglas MacArthur, à Tokyo .Le texte est le suivant : « C’est avec un profond regret que je dois vous informer que vous êtes démis de vos fonctions de commandant en chef des Forces Alliés en Extrême- Orient .Vous êtes démis de fonctions de  commandant en chef des Forces des Nations Unies en Corée. Le général Matthew Ridgway vous remplacera dans toutes vos fonctions avec effet immédiat.  Je vous autorise de prendre toutes les dispositions pour votre départ vers un lieu de votre choix… »

Signé : Harry S. Truman, Président des Etats-Unis.

Fin de la cinquième partie. Prochain (et dernier) article de la série : « La guerre de Eisenhower!"



Je vous propose de regarder un film, magnifiquement interprété par Gregory Peck, dans le rôle de Douglas MacArthur : « MacArthur,le général rebelle » de Joseph Sargent, sorti en 1977.

Elisheva Guggenheim-Mohosh

La guerre de Corée, sixième partie: La guerre de Eisenhower.



L’onde de choc causée par le limogeage de Douglas MacArthur traverse le continent américain, puis l’Océan Pacifique, pour frapper en plein fout le Japon. Les Japonais, leur empereur en tête, sont douloureusement touchés par la décision de Washington. Sentant l’humiliation terrible de son ancien ennemi, l’empereur Hirohito prend une décision sans précédent : il se rend à la résidence de MacArthur et lui dit adieu en l’accompagnant à sa voiture. A l’aéroport de Tokyo une foule d’un million de japonais acclame le général américain en disgrâce.

A son atterrissage à San Francisco, la nuit, une foule en délire l’accueille .Et la scène se répète à chaque escale, jusqu’à Washington puis à New York, où une foule estimée à sept million de personnes l’acclame ! Truman et le Parti démocrate tremblent : serait-il candidat aux élections prochaines ? Et les gagnera-t-il ?

Mais ce sera un autre général couvert de gloire qui gagnera, au nom du Parti Républicain, les élections présidentielles de novembre 1952 : le général Dwight Einsenhower. Le général Douglas MacArthur disparaîtra de l’arène politique avec cette phrase qui restera, elle, dans l’Histoire : « OLD SOLDIERS NEVER DIE. THEY JUST FADE AWAY »(Les vieux soldats ne meurent jamais : ils s’effacent).

Avec le départ de Douglas MacArthur un vent de soulagement souffle dans les chancelleries européennes et dans les couloirs des Nations Unies. Le danger d’une « guerre à outrance », « une guerre totale », « une déflagration mondiale », « un holocauste nucléaire » s’éloigne. Mais la guerre de Corée, une guerre de positions, une guerre d’usure, la guerre pour gagner une colline par-ci, pour « Pork Chop Hill » ou pour « Heartbreak Ridge », des coins de terre sans véritable importance stratégique, chèrement conquis et sans explication abandonnés, va se poursuivre encore deux années. Et ces deux années de combat vont être parmi les plus stupidement, les plus inutilement meurtrières dans l’histoire des guerres modernes.

Les soldats ne comprennent plus le but de leur combat. Leurs commandants ne savent pas quels sont les véritables objectifs de cette guerre. Les troupes américano-onusiennes haïssent la Corée, son climat aux températures extrêmes, l’odeur des champs fertilisés avec des excréments humains…Ils haïssent aussi les Coréens. Ils les appellent « gooks » (bridés). (Tout ceci ne vous « rappelle » rien ? La Guerre du Vietnam, peut-être ?)

L’opinion publique mondiale les oublie .C’est une guerre à la fois meurtrière et oubliée. Tout le monde serait ravi d’en finir, d’oublier le rêve impossible d’une libération de toute la péninsule coréenne de la domination communiste. Tout ce que l’on veut c’est rétablir le status quo ante. Le status quo d’avant le 25 juin 1950…Or, c’est pratiquement chose faite ! Déjà en printemps 1951 Séoul est libérée à nouveau, et, malgré les offensives communistes extrêmement coûteuses en vies humaines et des contre-offensives onusiennes non moins meurtrières, la ligne de front se situera désormais, grosso modo au nord du 38° parallèle.


En avril 1952 le général Eisenhower entre en scène .Quittant le commandement de l’Otan en Europe, il se présente aux élections présidentielles américaines .Le 23 juin 1951, le délégué soviétique à l’ONU, Yakov Malik, propose un cessez le feu. Des négociations débutent en juillet à Kaesong, s’interrompent pour cause de combats, puis reprennent à Panmunjom. Et durant encore 20 mois, tout en négociant, les hommes vont s’entretuer par milliers, par dizaines de milliers, dans une guerre de tranchées qui n’est pas sans rappeler la Première Guerre mondiale.

Eisenhower prononce dans un discours tenu à Detroit, le 24 octobre 1952 la phrase qui pèsera lourd dans l’Histoire : « I SHALL GO TO KOREA ». J’irai personnellement en Corée pour veiller à ce que cette guerre cesse. 2 semaines après avoir prononcé cette phrase Dwight Eisenhower devient Président des Etats-Unis et le 29 novembre il s’envole vers la Corée.Il visite ses troupes, il visite les MASH, il rend visite au Président sud-coréen Syngman Rhee, homme amère et méfiant, qui sent bien que l’Amérique va abandonner son régime corrompu. Il sent bien qu’on envisage une sort de « Coréanisation du conflit »,un transfert des efforts et des sacrifices vers la Corée du Sud ( semblable à la « vietnamisation » du conflit indochinois, 20 ans plus tard !).

Mais parallèlement à cette intention manifeste de finir les combats, la nouvelle administration américaine sait se faire menaçante .Les négociations à Panmunjom buttent sur la question de l’échange des prisonniers de guerre : les chinois insistent sur le retour de tous les prisonniers chinois et nord-coréens, or 50 000 de ces malheureux refusent catégoriquement de retourner vers les zones sous contrôle communiste. Et les négociateurs des forces alliées refusent de les rapatrier contre leur
volonté. Et la guerre continue, avec la menace américaine de bombarder les territoires au-delà de a sacro-sainte frontière chinoise. (Encore et toujours la rivière Yalu…).Etait-on près d’un bombardement nucléaire de la Chine ? Etait-ce un bluff ? Toujours est-il que les négociations à Panmunjom aboutissent le 27 juillet 1953 :Les Etats-Unis et l’URSS reconnaissent l’existence de deux Corées.

Toutes ces destructions, ces millions de morts,(Chinois, Coréens, Américains, Britanniques,
 Grecs, Turcs, Colombiens....) pour revenir à la case départ : deux pays-frères séparés
 par le 38° parallèle....Et en héritage, une tension permanente, latente ou aiguë , qui peut, en tout moment, dégénérer en conflit ouvert, éventuellement nucléaire ...

Fin de la série consacrée à la Guerre de Corée .(Attention: à cause d'une erreur de manipulation,
la première partie de cette série -"La guerre de Corée: une guerre presqu'oubliée..." va
maintenant suivre)


Elisheva Guggenheim-Mohosh

vendredi 20 juin 2014

La guerre de Corée, première partie: Une guerre presqu'oubliée...

     

La guerre de Corée : une guerre terriblement meurtrière…une guerre que déjà ses contemporains ont surnommée « The Forgotten War »-la guerre oubliée…Aujourd’hui, alors que le monde regorge de conflits régionaux, plus dangeureux les uns que les autres, et que l’intérêt pour certaines guerres, notamment celles du Proche et Moyen Orient ne cesse de croître, comment se fait-il que la plupart de ceux qui ont moins de quarante ans ne connaissent  la guerre qui a devasté la péninsule coréenne entre 1950 et 1953 autrement qu'à  travers les joyeuses aventures des médecins et des infirmières de la vieille série américaine M.A.S.H. ?

Tant de gens, tant de peuples ont souffert des retombées de ce conflit…Outre les millions de victimes coréennes, civiles et militaires, des centaines de milliers de chinois, des dizaines de milliers d’américains, de britanniques, d’australiens, mais aussi des canadiens et des français, des belges, des turcs et des éthiopéens, des thailandais et des colombiens y ont perdu la vie… Le monde a échappé de justesse à une guerre nucléaire pour sombrer, durant plus de 30 ans, dans la Guerre Froide…Tant de moments dramatiques ont jalonné les trois années qu’a duré la guerre de Corée, tant de grands personnages historiques en ont été les acteurs directs ou indirects, que l’ignorance et l’oubli nous paraissent incompréhensibles. Incompréhensibles ils le sont aussi pour les historiens, historiens qui voient dans la guerre de Corée un conflit qui préfigure déjà la guerre de Vietnam…Max Hastings, un des meilleurs spécialistes de la question dit, que si l’on avait retenu certaines leçons de la Corée, la guerre de Vietnam n’aurait pas été le désastre que l’on sait .En tout cas, il y a de nombreux points de similitude entre les deux grands conflits de la Guerre Froide, et d'abord le désenchantement des combattants sur le terrain et la réticence des opinions publiques occidentales qui ne fait qu'augmenter avec le temps.

Peu de pays asiatiques sont aussi homogènes sur le plan ethnique et linguistique que la Corée. Peu de peuples tellement unis à l’origine ont été déchirés par lahaine pour une période aussi longue.
La Corée fut toujours au centre d’une lutte d’influence entre ses puissants voisins :la Chine et le Japon. Occupée en 1910 par les japonais, elle subira le joug de l’envahisseur durant 35 ans, jusqu’à la défaite de l ‘Empire du Soleil Levant devant les Alliés. En 1943, en pleine guerre, les représentants des Etats Unis, de la Grande Bretagne et de la Chine se mettent d’accord au Caire sur le principe selon lequel, lors de la victoire des Alliès, la Corée deviendra un pays libre et indépendant. Lors de la Conférence de Yalta, dans le cadre de leur promesse d’attaquer les japonais trois mois après la défaite allemande, les russes acceptent aussi l’idée de l’indépendence coréenne.

Tenant à la lettre sa promesse, somme tout génante, Staline attaque la Mandchourie le 8 août 1945, deux jours après Hiroshima, un jour avant Nagasaki… Par cette intervention tardive, l’URSS entre dans le club des pays vainqueurs de Guerre du Pacifique. Ses représentants sont là, fiers, ensemble avec les délégués des Nations Alliées,au bord de l’USS Missouri, le 2 septembre 1945, lors de la signature de l’acte de capitulatuion du Japon.Une division russe, venant de Mandchourie sera en Corée, en même temps qu’une division de l’armée américaine, pour recevoir la réddition de l’Armée japonaise, pour désarmer les soldats japonais vaincus et pour les repatrier dansleur pays. Pour simplifier la répartition des tâches entre les alliés, russes et américains,on fixe une ligne de démarcation entre leurs secteurs respectifs. Cette ligne passe par le 38-ème parallèle.
Mais ce que les américains considèrent comme une simple ligne de démarcation,devient pour les russes une ligne de partition. L’Armée soviétique impose des limitations de plus en plus sévères au passage de leur secteur vers le secteur américain. Ils coupent même les lignes éléctriques qui passent à travers le 38° parallèle.

La Corée se trouve ainsi divisée de facto en deux entités. Celle du Nord, pro -communiste,
hermétiquement fermée, et celle du Sud, pro-occidentale, sous l’administration des
forces d’occupation américaines.

Les Etats Unis soumettent la question de la réunification des deux Corées aux Nations
Unies. Celles-ci créent une commission spéciale chargée d’organiser des éléctions
générales en 1948.Cette commission n’aura jamais le droit de mettre les pieds en Corée
du Nord. La Corée du Sud se constitue, en août 48, en République de Corée, sous la
direction d’un politicien âgé, aux tendances despotiques marquées, le docteur
Syngman Rhee. Quelques semaines plus tard, la République Populaire Nord Coréenne
est proclamée. A sa tête le très lumineux et très peu démocratique camarade Kim
Il Sung…La rupture entre les deux parties du Pays du Matin Calme est consommée…

Fin de la première partie (la série comprend six articles. Prochain article: "une simple opération de police?")
.
Ces articles sont tirés de mes émissions sur RSR Espace2(Radio-TV Suisse).
.
Je vous recommande de visionner sur You Tube la magnifique série "Histoire de comprendre"
 avec la participation très brillante d'Alexandre Adler et la lecture du livre de Max Hastings:
 "The Korean War" paru chez Pan Books à Londres, en 1988.Le livre de Hastings
 est certainement un des meilleurs ouvrages jamais consacrés à ce conflit.

Elisheva Guggenheim- Mohosh

samedi 27 juillet 2013

No pasaràn! Deuxième partie: Espagne, 1937.



Nous avons quitté nos militants antifascistes anglais le 4 octobre 1936, après la fameuse  Bataille de Cable Street dans l’East End de Londres. (Voir notre article du 26 juillet 2013). Une partie de ces militants est immédiatement partie vers la France et, de là, vers l’Espagne, pour s’engager aux côtés des Républicains espagnols, en tant que volontaires, membres des fameuses  Brigades Internationales. Ils ont tous été prêts de donner leur vie pour la lutte contre les forces fascistes du Général Franco. Et ils ont souvent perdu leur vie à la Guerre Civile Espagnole. Mais pas toujours de la manière dont ils pensaient la perdre.  Pas sur les Champs d’Honneur. Pas au combat. C’est ce que nous apprennent deux auteurs gallois, deux auteurs de best-sellers, Ken Follett, que nous connaissons tous pour ses thrillers et ses romans historiques et Rosie Thomas, connue par des millions de lectrices qui aiment la littérature d’aventures romantiques.

Lloyd Williams, le plus attachant  des jeunes héros du deuxième tome de la Trilogie du siècle de Ken Follett (L’Hiver du Monde, paru en 2012) est d’origine galloise. Il est le fils d’Ethel Leckwith-Williams, députée travailliste au Parlement Britannique, beau-fils de Bernie Leckwith, militant syndicaliste juif à Londres et, en réalité, fils illégitime du très conservateur Comte Fitzherbert . Déjà en 1933, lors d’une visite avec sa mère chez des amis berlinois, il est témoin de la terreur nazie en  Allemagne, terreur qui suit les élections dont Hitler sort vainqueur.

Lorsqu’il quitte ses études à l’Unuversité de Cambridge, pour partir avec des jeunes mineurs gallois, dont son cousin de 16 ans, Dave Williams et  un autre adolescent, Lenny Griffiths, pour rejoindre les rangs de la Quinzième Brigade Internationale en Espagne, il est encore plein d’déalisme. Dix mois après son arrivée, lors de la bataille de Saragosse, il a déjà perdu une grande partie de ses illusions.Il n’y a pas d’unité de vue chez les Républicains. Il n’y a pas d’unité de la Gauche combattante: déjà, lors de la bataille de Barcelone, les anarchistes et les communistes se sont entretués dans les rues. Et les commissaires moscovites, les agents des services secrets russes (le NKVD) ont totalement infiltré les Brigades Internationales. Même les communistes venant des pays occidentaux ont peur d’eux. Les officier soviétiques ne supportent aucune manifestation de liberté d’opinion, aucune discussion . La réflexion, l’expression de ses idées n’est  pas de mise au pays du Camarade Staline, donc, pourquoi serait-elle de mise chez les volontaires Américains, Anglais, Allemands-anti-nazis des Brigades Internationales ?  volontaires souvent traités par les commissaires soviétiques de "trotskyst" ou  d'anarchistes ,d'insubordonnés ou, carrément, de traitres!)

 Le 24 août 1937 Lloyd,  Dave, Lenny, mais aussi un jeune professeur d’espagnol à l’Université Columbia de New York, Joe Eli, et un jeune  ouvrier éléctricien noir de Chicago, Jasper Johnson, prennent part à l’attaque d’un village tenu par les forces franquistes au nord de Saragosse .Lloyd n’est pas d’accord avec  les ordres de l’officier soviétique parce qu’il trouve que cette attaque est stratégiquement injustifiable et entraînera des pertes humaines inutiles. Le Colonel Bobrov est intraitable : ses ordres viennent de Moscou. La bataille est meurtrière. Pire : elle est suicidaire. Les franquistes ont une puissance de feu illimitée, les volontaires antifascistes sont à court de munitions. Lloyd est blessé, Jasper Johnson tué, la  rue est jonchée de cadavres des volontaires internationaux et des Républicains espagnols. Il n’y a plus de munitions, les survivants doivent revenir vers la base pour chercher des balles pour leurs fusils. 5 survivants sur 36 hommes de la compagnie, dont deux blessés…

 Et là, c’est l’horreur. Bobrov aboie : «  Qui vous a permis de reculer ? Pourquoi n’avez-vous pas combattu jusqu’au dernier homme ? Ceux qui sont blessés, mettez-vous de côté. » Loyd
Williams et Lenny Griffiths, ne soupçonnant pas ce qui va suivre, sortent du rang. Les trois autres, Dave Williams, mineur gallois de 16 ans, Mugsy, un autre jeune mineur et Joe Eli, professeur d’Université à New York sont abattus à bout portant par Bobrov. Comme des traîtres. Abattus par un officier soviétique qui n’a jamais combattu et qui, par son incompétence, a mené toute une compagnie de volontaires à la mort… (et qui, plus tard, et pour la joie sauvage des lecteurs, sera battu à mort par des femmes moscovites, lorsqu’il essayera fuir Moscou, encerclée par les troupes allemandes…)  C’est ainsi que se termine l’engagement idéaliste de Lloyd Williams. Dans la douleur et la désillusion totale.

 Nick Penry, syndicaliste gallois et héros du roman « Amy , pour les amis » (The White Dove) de Rosie Thomas, passe par une expérience très similaire, avec des conséquences encore plus tragiques.  Après la Bataille de Cable Street à Londres, il s’engage, lui aussi, comme volontaire dans les Brigades Internationales en Espagne. Il est témoin de la souffrance et la mort de ses camarades et il perd un bras. Mais ce n’est pas cette mutilation physique qui le meurtrit le plus. Un officier communiste – cette fois-ci un « gentleman » anglais – l’arrête pour désobéissance,( comprenez par-là une « déviation » de la conception moscovite de la Guerre Civile espagnole…) Et, en tant que prisonnier, Nick est obligé de faire partie d’un peloton d’exécution. Il est obligé de tirer sur d’autres volontaires antifascistes,  des jeunes allemands accusés de désertion.

Nick Penry quittera le Parti Communiste et deviendra, plus tard, député Travailliste au Parlement Britannique (tout comme Lloyd Williams). Mais si Lloyd retrouvera la vitalité et le bonheur, Nick Penry, héros du livre de Rosie Thomas , aura la vie brisée.

Beaucoup d’historiens ont écrit sur la mainmise communiste sur la Gauche combattante dans la Guerre Civile espagnole.  Mais ce sont ces deux romans populaires qui ont révélé au grand public les terribles exactions des commissaires politiques de Moscou .Leur lecture est très recommandée, ne serait-ce que pour  cette raison.

 Pour rappel : «  L’Hiver du Monde » (Winter of the World) de Ken Follett, est paru chez Robert Laffont 2012 et chez Dutton, USA, 2012. « Amy, pour les amis » de Rosie Thomas (The White Dove), est paru chezJ’ai Lu, 1991, et en anglais  chez  William Collins and Sons, 1986 et  Arrow Books, 2004. Bonne lecture!

Elisheva Guggenheim-Mohosh.

vendredi 26 juillet 2013

No pasaràn! Première partie: Cable Street, 1936, Londres



Deux auteurs d’origine galloise, habitant Londres. Deux auteurs de bestsellers. Le premier, vous le connaissez  certainement : il s’agit de Ken Follett. Ses thrillers et ses romans historiques ont fait le tour du monde en cent millions d’exemplaires. (voir nos articles du 5 novembre 2012 et du 5 mars 2013.) La seconde est Rosie Thomas, essentiellement lue par les femmes qui aiment la littérature romantique, la montagne et les expéditions exotiques, par exemple les séjours amoureux dans une station de recherche bulgare dans  l’Antarctique ou les passions déclenchées lors d’une escalade mouvementée de l’Everest…

Et la lutte antifasciste dans tout cela ?

Aussi bien Ken Follett que Rosie Thomas consacrent des pages mémorables à la journée  du 4 octobre 1936 dans les quartiers pauvres dans l’East End de Londres : la journée des barricades, la bataille sanglante de Cable Street  entre toutes le mouvances anti-fascistes et anti-racistes des quartiers pauvres et la police londonienne. Cette police qui s’est mise du côté des fascistes anglais, aux ordres de Sir Oswald Mosley…Ken Follett décrit cette journée, dans le deuxième tome de sa fameuse Trilogie du Siècle, «  L’Hiver du Monde », sorti en 2012. Rosie Thomas raconte les mêmes évènements dans « Amy, pour les amis » (« The White Dove »), paru en anglais déjà en 1986, sorti en France, chez J’ai Lu en 1991.De toute évidence, les deux auteurs s’inspirent des mêmes sources historiques et décrivent les évènements , ainsi que leur arrière-plan historique, sensiblement dans les mêmes termes. Leurs personnages (Le très sympathique étudiant Lloyd Williams chez Ken Follett, le ténébreux syndicaliste Gallois Nick Penry chez Rosy Thomas) obéissent aux mêmes motivations politiques et sont mus par les mêmes sentiments : enthousiasme, révolte, colère, détermination. (Et, par conséquent, comme nous le verrons dans la deuxième partie de cet article, ces personnages seront mus par les mêmes sentiments d’amertume, de désillusion et d’abattement quelques mois plus tard, lorsqu’ils combattront  dans les Brigades Internationales, du côté Républicain, à la Guerre Civile espagnole…)

En 1936 il y avait en Angleterre 333 000 Juifs – écrit Ken Follett, en citant le Daily Worker, organe du Parti communiste anglais. La moitié de ces Juifs, originaires des pays de l’Est, dont ils ont fui les persécutions et les pogroms à la fin du 19° et au début du 20° siècle, habitait dans les quartiers  pauvres de l’Est de Londres. Et c’est justement le quartier juif de Stepney que Sir Oswald Mosley, chef du British Union of Fascists et grand admirateur d’Adolf Hitler a choisi pour faire une démonstration de force. Il a réuni ses troupes à côté de la Tour de Londres et avait l’intention de les faire défiler à travers les « quartiers enjuivés ». La route la plus prévisible passait par Cable Street. Le Daily Worker appelait toutes les forces antifascistes à constituer un véritable « mur humain », fait de dizaines de milliers d’habitants de l’East End, toutes religions et toutes appartenances partisanes confondues, pour barrer la route aux hommes de Mosley.(Les deux auteurs notent que le Parti travailliste, le Labour, ou du moins sa branche principale, n'a pas donné  son accord pour cette manifestation anti-fasciste…)

La confrontation  avec les «  Chemises Noires » de Mosley semblait inévtable ce 4 octobre 1936. Une confrontation qui n’a jamais eu lieu. Ou, du moins, pas de la manière dont tout le monde l’attendait.

 Pourtant, les deux groupes humaines, les hommes de Oswald Mosley et la foule bigarrée, faite de dockers londoniens et de mineurs gallois, de syndicalistes et de vétérans Juifs de la Grande Guerre, d’hommes et de femmes habitants de l’East End, se tient prête  au combat. Le slogan des Républicains espagnols « Ils ne passeront pas ! » (They Shall Not Pass ! No pasaràn !) couvre les murs des immeubles des quartiers  populaires, des drapeaux rouges ornent certaines fenêtres.  Au moins cent-mille antifascistes attendent les « Chemises Noires ».  Mais il n’y aura pas d’affrontement  avec l’Union des Fascistes Britanniques de Mosley.  Rosie Thomas, et Ken Follett mentionnent tous les deux une entretien entre Sir Oswald Mosley et Sir Philip Game, Chef de la Police. A la suite de cette entretien les hommes de Mosley se mettent en route, mais pas vers l’East End. Ils marchent vers les quartiers aisés de Londres.

 Mais cette nouvelle n’arrive pas à temps vers la foule surchauffée et des violences éclatent : la Police Montée charge avec une brutalité inouïe, écrasant la foule sous les pattes de leurs grands chevaux, matraquant hommes et femmes. Certains policiers font (selon Ken Follett) le salut hitlérien et , sans tenir compte de l’origine des gens, toutes les femmes sont traitées de « putes juives » et tous les hommes de « sales youpins ».Les gens ont le sentiment que la police anglaise est aux ordres de L'Union des Fascistes Britanniques. Mais ils ne se laissent pas faire. La foule érige des barricades faites de poubelles, de vieux meubles  jetés par les fenêtres. Chaque coin de rue est tenu par les habitants de East End et lorsque la Police Montée se retire, la foule en liesse a le sentiment d’avoir vécu, enfin, un grand tournant. «  Nous avons battu les fascistes anglais à Cable Street » - jubile un jeune mineur Gallois - « Maintenant nous allons battre les fascistes en Espagne !!! ».

Pauvres idéalistes…

 (Prochain article : No pasaràn ! Deuxième partie : Espagne, 1937)

Pour rappel: Winter of the World de Ken Follett a paru en anglais chez Dutton (Penguin
 Group USA) et en français chez Robert Laffont, respectivement en septembre et en novembre 2012.The White Dove (Amy, pour les amis) de Rosie Thomas a paru en anglais chez
William Collins Sons en 1986,puis chez Arrow Books en 2004, et en français
 chez J'ai Lu en 1991.

Elisheva Guggenheim-Mohosh.

vendredi 18 janvier 2013

"Le méchant japonais": stéréotypes d'avant Hiroshima.Troisième partie.



 (voir nos articles du 15 et 16 janvier)

 Dans nos deux précédents articles nous avons vu les raisons historiques et culturelles, voire géographiques (localisation des champs de bataille) de la formation des stéréotypes négatifs( et très blessants !) de l’adversaire japonais dans les films de guerre américains entre 1941 et 1945.

 Aujourd’hui j’aimerais vous donner quelques exemples terrifiants des discours tenus dans certains de ces films. Discours qui, aujourd’hui, 67 ans après les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki, nous donnent encore froid dans le dos.

 Nous avons déjà parlé d’Airforce, (1943) le chef d’œuvre de Howard Hawks, dans lequel on entend le pilote américain qui vient d’abattre un avion japonais et voit le pilote ennemi brûler vif , s’écrier : « Et un japonais rôti, un ! » (« One fried jap down… ») Encore plus choquant est l’échange entre deux soldats américains dans « Guadalcanal Diary » de Lewis Seiler (1943).Un des soldats interroge son camarade : que ressent-on en tirant sur des êtres humains ? La réponse : « Oh, tu sais, le choix est simple. Tuer ou être tué, et, de toute façon, les japs ne sont pas des êtres humains »…  (« besides, it ain’t people… »).

 « The  Purple Heart » (Dans les griffes de Satan) de Lewis Milestone (1944) raconte le calvaire de deux équipages de bombardiers capturés, jugés et exécutés par les japonais. Le discours final de l’aviateur américain joué par Dana Andrews constitue un des grands moments de la propagande de guerre américaine. Il préfigure – inconsciemment, peut-être –Hiroshima et Nagasaki, mais aussi les terribles bombardements stratégiques conventionnels sur les villes japonaises en 1945.  Dana Andrews crie à la face de ses juges « Il est vrai que nous autres américains ne savons pas grand-chose sur vous, Japonais, mais vous, vous ne savez rien sur nous. Vous pouvez nous tuer tous, mais si vous pensez  que ceci dissuadera l’Amérique de vous envoyer d’autres bombes, vous-vous trompez, oh, et comment ! Nous noircirons vous cieux et nous brûlerons vos villes, nous les réduirons en cendres et NOUS VOUS METTRONS A GENOUX ET VOUS ALLEZ NOUS SUPPLIER D’ARRETER ! C’est votre guerre ! Vous l’avez commencé ! Vous l’avez voulu ! Et elle ne se terminera pas avant que votre sale petit empire ne soit effacé de la surface de la terre ! »

 Ce discours terrifiant, dans un film sorti en 1944  annonce déjà la volonté américaine d’obtenir une capitulation japonaise sans conditions, une CAPITULATION A GENOUX !

 Quant au discours suivant, tiré d’un des plus grands classiques du cinéma de guerre, « Aventures en Birmanie » (Objective, Burma !) de Raoul Walsh, sorti en 1945, c’est un monument de haine et de colère tout à fait caractéristique de l’état d’esprit américain à la fin de la guerre.

 Le film a toujours été objet de scandale, parce que la star, Errol Flynn, n’a jamais fait son service militaire et que le scénario présentait les Américains comme les conquérants de la Birmanie, alors que ce rôle revenait aux Britanniques, nullement mentionnés dans le film..(le film fut longtemps interdit de projection en Angleterre.) Une des scènes mémorables du film est le discours halluciné du vieux correspondant  de guerre devant les corps des soldats américains mutilés : « En trente ans de journalisme je croyais avoir tout vu, je pensais que je savais tout de ce que les hommes pouvaient faire les uns aux autres. Mais ceci est différent… Cette chose a été commise par des gens qui se prétendent civilisés…Civilisés ! Ce ne sont que des idiots dégénérés, des  êtres dénués de sens moral. PETITS SAUVAGES PUANTS ! EFFACEZ-LES, je vous le dis ! Effacez-les de la surface de la terre ! EFFACEZ-LES DE LA SURFACE DE LA TERRE !! »

Voici donc pour les grands films de guerre. Cependant, le discours le plus extraordinaire se trouve dans un petit film de propagande, « Face au soleil levant » (Behind the Rising Sun ) du réalisateur Edward Dmytryk, sorti en 1943. Pourtant, ce film est connu être le seul de l’époque , dans lequel les les personnages japonais sont vus de manière humaine et différenciée, puisque certains, sympathiques et courageux, résistent au militarisme fasciste de leur pays .Un de ces personnages sympathiques se suicide à la fin du film. Mais avant le hara-kiri traditionnel, il lance un appel désespéré : « DETRUISEZ-NOUS, comme nous avons détruit les autres ! DETRUISEZ-NOUS AVANT QU’ILS NE SOIT TROP TARD ! »

 Sans commentaire.

Fin de la série de trois articles consacrés aux stéréotypes antijaponais d’avant Hiroshima, articles extraits de mes émissions à RSR Espace2 et mes articles au Journal de Genève. Voir aussi les quatre articles de la série « Pearl Harbor, d’Oahu à Okinawa », publiés fin décembre 2012.

Elisheva Guggenheim-Mohosh

jeudi 17 janvier 2013

"Le méchant japonais": stéréotypes d'avant Hiroshima. Deuxième partie.


(voir notre article du 15 janvier)

 
Nous avons vu dans notre article précédent que l'industrie cinématographique américaine,  dans ses films tournés entre décembre 1941 et l’été 1945, est incapable de traiter le peuple japonais avec le même respect qu’elle réserve aux ennemis de race blanche. (les Italiens et les Allemands). Mais si les américains souffrent du «  syndrome du péril jaune », du moins s’agit-il d’un péril jaune nuancé…Les Japonais sont tous affreux. Les Coréens, peuple conquis, ne sont pas inclus dans le mépris des hordes orientales. Quant aux Chinois, : « ils sont nos amis et nos alliés », et gare au scénariste hollywoodien qui oserait parler de leurs mœurs archaïques, qui ferait mention des seigneurs de guerre chinois ou qui ne traiterait pas le généralissime Tchang Kai-chek en grand démocrate !

 Mais si on a interné les Nissei (les familles américaines d’origine japonaise) dans des camps de détention (et ce malgré l’héroisme de leurs fils combattant pour l’Amérique sur le théâtre européen, par exemple dans la bataille sanglante de Monte Cassino !), s’il n’y a pas d’acteur japonais à Hollywood, qui jouera les méchants japonais dans les films de guerre et de propagande ? Eh bien, les Japonais seront joués par des acteurs américains mal maquillés, par des acteurs coréens et par des Chinois. Ce qui fera dire aux critiques de l’époque que, dans certains films, «  toute l’Armée impériale japonaise a l’air d’être évadée d’une blanchisserie chinoise, quelque part à New York… ».

 
Les stéréotypes antijaponais qui apparaissent dans tous les films américains entre 1942 et 1945 reflètent bien l’état d’esprit du public. Public pour lequel tous les Japonais sont des traîtres malins, cruels, fanatiques et arrogants.

 Deux facteurs contribuent à la formation et la généralisation de ces stéréotypes négatifs. D’une part l’immense traumatisme de l’attaque surprise sur la base navale de Pearl Harbor. D’autre part la configuration des champs de bataille en Asie et dans les Iles du Pacifique. La guerre en Europe se fait, en effet, au milieu de villes et de villages, de places, d’églises, d’édifices familiers. Aussi, l’ennemi semble-t-il familier. Les Allemands et les Italiens, avec leurs qualités et leurs défauts, apparaissent comme des êtres somme toute assez semblables aux Américains.

 
Les combats en Extrème-Orient et dans le Pacifique se déroulent, eux, au cœur de jungles moites et au milieu d’atolls isolés. L’ennemi, étrange et insondable, se confond avec le milieu inhospitalier. Dans le décors souvent somptueux des îles lointaines, toutes les normes de la civilisation occidentale semblent s’effacer devant la sauvagerie…

Achever les  blessés, torturer les prisonniers, lever les mains en signe de reddition pour ensuite dégoupiller une grenade et tuer les soldats américains naïfs et crédules...La traîtrise et la cruauté semblent tout à fait caractéristiques des fils d’un pays dont les diplomates souriants négociaient encore à Washington alors que leur bombardiers incendiaient déjà la base de Pearl Harbor…Un peuple qui a poignardé ainsi dans le dos notre chère Amérique sera toujours capable de TOUS LES CRIMES…Et, par conséquent, méritera TOUS LES CHATIMENTS!.Tel est le message des films de guerre américains entre Pearl Harbor et Hiroshima.

 Le merveilleux « Aventures en Birmanie » (Objective , Burma !) de Raoul Walsh, tourné en 1945 commence par les mots « In the japanese-infested  jungle » (dans la jungle infestée de japs ). Le chef- d’oeuvre de Howard Hawks, «  Airforce », tourné en 1942, a failli d’être interdit par la censure à cause d’un juron lâché par un aviateur. Mais on a froidement laissé passer la scène suivante : lorsqu’un pilote japonais brûle dans son avion, le pilote américain s’écrie : « One fried jap down !!! » (Et un japonais rôti, un !)…

 « Bataan », de Tay Garnett(1943) est un des nombreux films consacrés à l’épisode douloureux de la défaite américaine aux Philippines. Tout y est. Avions japonais mitraillant les colonnes de réfugiés et les ambulances de la Croix Rouge, troupes japonaises avançant inexorablement pour menacer femmes et enfants. Un petit commando d’Américains et de résistants philippins héroïques se porte volontaire pour ralentir l’avance de l’ennemi. Cet ennemi nous est montré uniquement sous la forme d’ombres menaçantes et furtives, des ombres qui surgissent des marécages fumants, qui tuent les héros de coups de baïonnette DANS LE DOS, torturent et mutilent celui qui tombe entre leurs mains et encerclent le seul survivant, qui n’est autre qu’un des plus grandes stars de Hollywood : Robert Taylor. Taylor mitraille les méchants jusqu’à son dernier souffle, en leur criant : « Venez, venez sales créatures. Nous sommes ici et nous serons toujours ici.Il faudra toujours compter avec nous  !"  Et le narrateur du film de conclure avec la promesse du général Douglas McArthur, lorsqu’il a dû quitter les Philippines (en abandonnant ses troupes tombées en captivité…) : NOUS REVIENDRONS !!!

 Fin de la deuxième partie. Demain :la route vers Hiroshima.

 
Je vous suggère de revoir « Aventures en Birmanie » (Objective , Burma !) de Raoul Walsh(1945).
D’une part un monument de haine et de colère, d’autre part certainement un des films de guerre les plus parfaits (et ceci de l’avis de tous les experts) avec Full Metal Jacket. Ecoutez bien la musique originale du film, composée par Franz Waxman : elle  est remarquable.

 
Cette série d’articles est extraite de mes émissions à RSR Espace2 et mes articles au Journal de Genève.Voir aussi ma série de quatre articles, "Pearl Harbor: d'Oahu à Okinawa", publiée sur ce blog en décembre 2012.

 
Elisheva Guggenheim-Mohos

mercredi 16 janvier 2013

"Le méchant japonais": stéréotypes d'avant Hiroshima. Première partie.



Singes aux yeux d’insectes… Rats bridés… Macaques… Comment  l’industrie cinématographique américaine s’est-elle permise de traiter ainsi l’ennemi japonais dans les quatre années de la guerre du Pacifique ? Comment les scénaristes et les réalisateurs sont-ils arrivés à de tels excès ?

 Dans la décennie avant l’attaque japonaise sur Pearl Harbor les américains n’avaient qu’une seule envie : rester en dehors du conflit qui se préparait sur le Vieux Continent. « Une fois nous a amplement suffi ! Nous avons déjà assez donné en 1917 !! » disaient-ils.

 L’armée américaine dans les années 30 n’est que le dix-septième armée du monde. Le sénateur isolationniste Nye est chaleureusement applaudi lorsqu’il appelle les marchands d’armes des «  marchands de mort ».Le même sénateur Nye traque  toute velléité d’interventionnisme dans les scénarios hollywoodiens. La moindre allusion aux horreurs de la Guerre d’Espagne, aux agissements de Mussolini en Ethiopie ou aux méfaits de « Herr Hitler » en Allemagne est franchement malvenue. Hollywood se déclare neutre vis- à- vis de l’Europe pratiquement jusqu’à 1940. Quant aux japonais, on n’en parle pas. Ils n’intéressent personne et n’effraient personne.

 Avec le bombardement de la base navale de Pearl Harbor, sur l’île d’Oahu (Hawai) le 7 décembre 1941, tout change. En quelques heures, des décennies d’isolationnisme sont effacées. Le lendemain de l’attaque, toute l’Amérique, Hollywood en tête, est unie derrière le président Roosevelt, déterminé à mettre les japonais à genoux. Coûte que coûte.

 Les six premiers mois de la guerre - justement ces six premiers mois qui ne sont qu’une seule longue litanie d’humiliations et de défaites pour les Alliés –non moins que 72 films de propagande et de combat sont en chantier. Dix jours seulement après Pearl Harbor, l’OWI – Office of War Information – l’office de liaison entre Washington et Hollywood, fonctionne à pleine vapeur. Les conseillers de président Roosevelt aimeraient bien éviter les excès grotesques des films de propagande de la Première Guerre mondiale, des films dans lesquels le Kaiser Wilhelm était présenté comme un épouvantail. Ces conseillers donnent à Hollywood des instructions précises : il faut éviter à tout prix deux types de pièges. D’une part il ne faut pas présenter Hitler, Mussolini et le premier ministre japonais Tojo comme les seuls coupables. D’autre part il ne faut pas présenter les peules allemand, italien et japonais comme collectivement coupables. Non, non, insiste Washington :ceux que les films américains doivent désigner comme coupables ce sont les systèmes de gouvernement antidémocratiques. Le fascisme. Le militarisme.

 Hollywood écoute ces instructions d’une oreille distraite…C’est vrai, les héros blessés des films de guerre américains prononcent de beaux discours sur la beauté de la démocratie américaine avant de mourir. Vrai aussi : dans les films de l’époque on fait bien la distinction entre « italien » et « fasciste », entre « allemand » et « nazi ». Mais les japonais sont collectivement traités de « japs », quand ce n’est pas de « them, monkeys » (singes), de rats bridés, de sales créatures jaunes, de sous-hommes ou, carrément  pas d’êtres humains (« It ain’t people ! ». «  Guadalcanal Diary » de Lewis Seiler 1943. Voir nos prochains articles.)

 Le cinéma américain est incapable traiter le peuple japonais avec le même respect qu’il réserve à ses ennemis de race blanche. (tout comme le gouvernement américain, qui ne peut pas s’abstenir d’interner dans  des camps de détention 120 000 américains d’origine japonaise, alors qu’il ne lui viendrait pas à l’esprit d’interner leurs compatriotes d’origine allemande ou italienne…).

 Fin de la première partie. Suite demain.

Je vous propos de visionner un très beau film sur les Nissei (les américains d’origine japonaise) : « Hell to Eternity »("Saipan") de Phil Karlson, film de 1960 avec Jeffrey Hunter dans le rôle d’un jeune américain adopté par une famille japonaise et qui devient un héros et, en même temps un «  pacificateur », durant la guerre du Pacifique !

 Elisheva Guggenheim-Mohosh

vendredi 4 janvier 2013

La bataille des Ardennes: scènes mythiques, erreurs et malentendus...


J’ai revu récemment deux films, deux grand classiques du cinéma de  guerre :« Battleground » (« Bastogne ») de William Wellman, datant de 1949, et « The Battle of the Bulge » (« La bataille des Ardennes ») de Ken Annakin, datant de 1965. Les deux films relatent le même épisode de la Deuxième Guerre mondiale : l’immense offensive des blindés et de l’infanterie allemande contre les forces américaines en Belgique en décembre 1944, dernière tentative de Hitler de renverser le cours de l’Histoire et repousser les forces américaines qui avançaient inexorablement vers le territoire allemand.

 Certaines scènes de ces  films, ( auxquels tout un florilège de grands acteurs de l’époque participait) restent dans la mémoire de tous les cinéphiles. Commençons par la scène la plus simple. (simple, mais jubilatoire!) Celle qui a rendu célèbre à jamais un mot , un seul : « NUTS ». (Textuellement : « noix ». Signification réelle : « foutaises »).  Scène tirée du film «  Battleground » (Bastogne) de William Wellman, avec la participation d’acteurs tels Van Johnson, John Hodiak, Ricardo Montalban, James Whitmore…Lorsque les troupes allemandes encerclent les forces américaines à Bastogne, en Belgique, un courrier allemand arrive, muni de l’habituel drapeau blanc, et remet à  l’officier américain de garde  une offre du commandement allemand : capituler pour empêcher une bataille sanglante qui détruirait la ville. Réponse américaine : «  Nuts »… Noix ??? ( Nüsse, en allemand…) Comment interpréter cette réponse ? « Is this a positive or a negative answer ? »-s’enquiert l’officier allemand… Réponse cinglante de l’américain : «  Nuts is strictly negative !!! » Bastogne  (et en générale toute la bataille des Ardennes) et le mot « NUTS » (foutaises…) resteront à jamais associés…Sauf que, dans la réalité, c’était le général américain McAuliffe qui a prononcé le mot…

Autre scène mémorable, la fin du film, le fameux « Sound-off », que nous entendons dans tous les films américains,en particulièrement ceux qui  ont pour sujet les camps d’entraînement des « marines ». Le sergent-instructeur récite les strophes d’une sorte de « poésie orale », par lui composée, (souvent les pires cochonneries, que les jeunes recrues, actuellement aussi bien  des hommes et des femmes, répètent avec bonheur). Chaque strophe se termine par le « mythique »Sound-off . (Sound- off, one two, sound- off, three four. Sound- off, one two three four, THREE FOUR!!!) –que tous les soldats américains hurlent ensemble. Ça fait partie, chez eux, de l’esprit de corps…

 Mais le « Sound-off » à la fin de « Battleground » de William Wellman est un « sound-off » à- part dans l’histoire du cinéma de guerre. Le sergent Kinnie (James Whitmore) ramène de Bastogne une compagnie meurtrie, décimée par les combats, qui semble complètement démoralisée…et pourtant : peu à peu, à 

chaque pas, le « Sound-off » résonne plus fort. Encouragés par leur sergent, les survivants de la bataille des Ardennes lèvent la tête, se redressent  et répètent les paroles avec plus en plus de courage et de fierté,  de plus en plus de conviction et de  certitude : ils vont gagner la guerre.

 Deux exemples de véritable « dialogue intertextuel » répondent à cette scène mythique du cinéma de guerre américain. A la fin du film « The Boys in Company C » de Sydney  J. Furie datant de 1978, on peut voir (et entendre ) un « Sound-off à l’envers » : les soldats américains démoralisés de la Guerre au Vietnam chantent, sans entrain, en s’éloignant lentement des spectateurs.(alors que les combattants  de la « bonne guerre », la guerre dont les américains sont sortis victorieux, avancent triomphalement vers le caméra, vers le spectateurs.) Et il s'agit ici d'un véritable clin d'oeil du réalisateur à" Bastogne" de W. Wellman: l'officier qui commande le triste "Sound -off" vietnamien n'est autre que l'acteur James Whitmore Jr, fils du comédien qui a joué le rôle du sergent Kinnie dans le film de Wellman. Un véritable dialogue intergénérationnel, un message du fils au père, des combattants de la guerre  perdue  aux héros  de 1944...


 Autre exemple:dans le film « Go Tell the Spartants » de Ted Post, datant également de l’époque de la grande désillusion post-vietnamienne (en français « Le Merdier », 1978), le comédien Burt Lancaster s’écrie « Ah !!! Bastogne !!! »( Bastogne, les Ardennes, Noël 1944 : quelle différence par rapport à notre présent honteux…) 

 Venons- en au film de Ken Annakin. Des pages entières de l’internet sont consacrées aux erreurs de tournage et aux inexactitudes historiques  du scènario du film « La bataille des Ardennes » (The Battle of the Bulge) , une superproduction à la fois critiquée et admirée. On a eu beau d’aligner les meilleurs acteurs (Henry Fonda, Robert Shaw, Robert Ryan, Dana Andrews, Telly Savalas et, last but not least, l’Allemand Hans Christian Blech). On a eu beau d’engager comme conseiller technique Meinrad von Lauchert, le véritable commandant de la 2-ème Panzer Division durant la bataille des tanks en décembre 1944. Rien n’y fait : on ne peut pas tourner des scènes de la Bataille des Ardennes, ces forêts belges couvertes de neige lors de l’hiver froid de décembre 1944, dans le paysage aride de la Sierra de Guadarrama en Espagne, sans enlever une grande partie de la crédibilité des scènes de combat !

 Mais une scène reste mythique. Parfois pour de très mauvaises raisons .C’est la scène où le colonel  SS Hessler,  ( le très regretté acteur anglais Robert Shaw) , commandant de la Panzer Division chargée à écraser les américains, demande à voir les nouveaux commandants de ses tanks Tiger… Et là, le choc. Il voit (et nous voyons avec horreur) un tas de gamins retirés de leurs lycées et entrainés à la hâte pour le combat final.. .Il s’ensuit un dialogue cynique entre Hessler qui se plaint « des gamins…que des gamins » et le général qui affirme « Très bien ! Au moins ils ne connaissent pas encore le goût de la défaite !!! » Les gamins ainsi « insultés » entament alors le Panzerlied, le chant de combat des blindés allemands, en frappant le rythme avec leurs bottes .Les deux vétérans, le colonel Hessler et son ordonnance Conrad  (rôle interprété par l’excellent acteur allemand Hans Christian Blech, qui a véritablement combattu sur le front de l’Est à la Deuxième Guerre mondiale),  dont ni l’un ni l’autre ne croit plus à la victoire allemande, sont fascinés, subjugués par l’enthousiasme des jeunes recrues. Ils se joignent à leur chant martial : « Unser Sieg, Ja,  Unser Sieg !!! ». C’est une scène d’une rare puissance, une scène dont de très nombreux spectateurs, tout en appréciant la splendeur cinématographique, ont tout de suite compris le danger.

Aujourd’hui, sur You Tube, nous voyons plusieurs versions de cette scène. La première dure environ 3 minutes 50 secondes : c’est la version correcte, qui place le Panzerlied dans le contexte du dialogue qui le précède . Une version courte qui enlève le dialogue et laisse seulement la chanson : une sorte de fascination malsaine s’en dégage. Et une version totalement révoltante : celle  qui falsifie  le propos des scénaristes et du réalisateur Ken Annakin, qui consiste en un montage des scènes de combat de tanks, un montage sur fond du Panzerlied, un montage tout entier fait à la gloire de la Deuxième Division des Panzer allemands, complètement sorti du contexte du film et du contexte historique. Car  les paroles de cette chanson, nous les entendons deux fois dans le film, les deux fois dans des circonstances tragiques : la première fois dans la scène dont nous parlons, la deuxième fois lorsque « les gamins » ainsi que leur commandant, le colonel Hessler, brûlent vivants dans leurs tanks immobilisés, à la fin du film. (voir « Hessler’s Death » sur You Tube.) Ce n’est que dans la double perspective,  à la fois du film de Ken Annakin et de la réalité historique, à savoir l’alignement  des vieux et des enfants allemands pour combattre pour les dernières folies du Führer, qu’on peut réellement comprendre la beauté et la dimension réelle de cette scène devenue mythique.

Je dédie cet article à la mémoire de ma mère, Klàra Mohos.

Elisheva Guggenheim.

vendredi 28 décembre 2012

Guerre du Vietnam: l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis. (V). Florilège de musiques, livres, films, montages sur You Tube...

« We don’t smoke marijuana in Muskogee, we don’t take no trips on LSD"…"We don't burn no draft-cards down on main-street"...Et encore:..".We don’t let our hair grow long and shabby, like the hippies out in San Francisco do"... Enumération très ironique de tout ce que les gens ne font pas à Muskogee, Oklahoma, U.S.A !!! " Okie from Muskogee",chantée par Merle Haggard sur You Tube, sur la bande originale 33 tours et le CD de « Platoon » d’Oliver Stone et par une bande de copains complètement  défoncés dans une scène du film…

 A écouter aussi le merveilleux Adagio for Strings de Samuel Barber, thème principal de « Platoon » (1986).

 
Egalement pour la musique classique : « La chevauchée des Walkyries »  de  Richard Wagner,  avec ou sans le bruit des hélicoptères mixé dans la musique. (Non sur le CD, oui sur 33 tours, bande originale du film « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola, et, bien sûr, oui sur les videos du film et sur les scènes visibles sur You Tube).

 
« The End » par les Doors:" This is the end, my only friend, the end..". Sur 33 tours, sur DVD et sur et la scène visible sur You Tube , vous trouverez un mixage  magnifique de la voix de Jim Morrison avec le bruit  des hélicoptères, et ensuite avec le son des  ventilateurs dans une chambre,( sur fond d’images de jungles et de napalm) et la voix de Martin Sheen qui dit : « Saigon… Shit. I’m still in Saigon… » A revoir absolument la scène et re-entendre la chanson. « Apocalypse Now », 1979.

 
« Good -bye my sweetheart, hello Vietnam” chanté par Johnny Wright sur la bande originale de
“Full Metal Jacket” de Stanley Kubrick. Egalement sur  ce CD, la musique originale composée par la fille de Stanley Kubrick, Abigail Mead, (Vivian Kubrick) “Sniper”, illustrant les sons du siège de la ville de Hué durant l’Offensive du Têt. Absolument superbe. Mais l’illustration musicale des
 films de Kubrick est toujours très bonne !

 
Pour la «  Guerre des Deux Barry » qui a fait rage sur les ondes des stations de radio en Amérique, au début de la guerre du Vietnam, en 1965, il faut absolument écouter (ou re-écouter) Barry MCGuire chantant  « Eve of Destruction » (mais il faut vraiment écouter la version originale de 1965 !!). Chanson anti-guerre : « You’re old enough to kill but not for voting… ». Il faut aussi écouter l’autre Barry, le  Staff  Sergeant Barry Sadler chantant la très patriotique « Ballad  of the Green Beret ». Chanson que le compositeur Miklòs Ròzsa a transformé en Hymne pour la musique originale du risible « Green Berets » de John Wayne, qu’il faut voir, ne serait-ce que pour la scène finale, où le soleil se couche… à l’Est. ( Ne le prenez pas mal. J’adore John Wayne.)

 
Pour les livres : bien sûr, le meilleur est « Vietnam, a History » de Stanley Karnow. «Dispatches » (en français « Putain de Mort ») de Michael Herr est un chef- d’oeuvre. « The Short Timers » (en français « Le merdier » ou Full Metal Jacket) de Gustav Hasford est à lire absolument. Les très intéressants « Dear America, Letters Home from Vietnam » recueil de lettres de soldats américains au front, et «Long Time Passing, Vietnam and the Haunted Generation » de Myra McPherson sont mes préférés. Pour connaître les origines de la guerre lire « Planning a Tragedy » de Larry Berman.

Deux bons montages sur Yout Tube:" The Vietnam War" sur la musique de "The House of the Rising Sun" (The Animals) posté par Toby009, vu par presque 3 millions de personnes et "The Vietnam War" sur la musique de "Paint it Black" (The Rolling Stones) posté par THEFUZZ5445, vu par plus  de 8 millions de personnes. (Ma préférence personnelle: The Animals, montage plus rythmé.)


Finalement, un magnifique film très sous-estimé, un film de deuil d’un réalisateur  en deuil, « Gardens of Stone », (Jardins de Pierre) de Francis Ford Coppola, 1987. Très loin des bruits et des fureurs d’Apocalypse Now et toujours autant de talent.

 

Fin de la série de cinq articles.

 

Elisheva Guggenheim-Mohosh

mercredi 26 décembre 2012

Guerre du Vietnam:l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis. Quatrième partie: My Lai, "stoned murder"!

(voir nos articles du 24, 25 et 26 décembre 2012)

 
Le matin du 16 mars 1968 une unité appartenant à la Division Americal assassine brutalement 347 civils, hommes, femmes et enfants, dans un hameau vietnamien nommé My Lai. Pendant que les soldats américains commandés par le lieutenant William « Rusty » Calley violent, mitraillent et brûlent leurs victimes des dizaines de hélicoptères et d’avions survolent la région à basse altitude. Leurs pilotes prétendront de n’avoir rien vu, rien entendu .Ils ont tous été frappés de cécité et de surdité ce jour-là. Sauf un : Hugh C. Thompson, qui atterrit, pointe sa mitraillette sur le lieutenant Calley  et lui arrache quelques survivants du massacre, qu’il évacue dans son hélicoptère.

 
Hugh Thompson essaie d’alerter ses camarades, ses supérieurs, l’aumônier militaire .En vain. On lui fait entendre raison : il faut qu’il arrête de bavarder…Et Thompson finit de rentrer dans le rang. Il se tait.

 
Il se produit alors un miracle. Le soldat Ron Ridenhour n’était pas présent à My Lai. Mais certains de ses camarades lui racontent des histoires horribles. Ce sont de bons garçons américains, des types tout à fait normaux .Et c’est ce qui fait peur à Ron Ridenhour. Certains de ces garçons qui, chez eux, en Amérique, n’auraient pas levé la main sur un gosse, lui avouent d’avoir tué, violé, brûlé, massacré des dizaines de civils vietnamiens. Pendant des mois Ridenhour fait l’enquête en silence. Il réunit des noms, des faits, des preuves. De retour aux Etats –Unis il adresse une lettre dactylographiée à trente membres du Congrès américain. L’affaire éclate en public en novembre 1969. Le lieutenant Calley est arrêté, inculpé de meurtre, jugé et condamné à la détention à vie en mars 1971.

 
L’affaire déchaîne les passions en Amérique. Une grande partie de l’opinion publique est sincèrement choquée de ce qu’on a appelé « stoned murder » (du meurtre commis par des soldats complètement « défoncés » par la drogue). Elle ne reconnaît plus les « boys », ces garçons que la nation a envoyés outre-mer pour défendre la liberté. « C’est donc cela, une guerre menée par une démocratie ? » se demandent-elle, effarée...

 
Mais beaucoup d’américains sont choqués, au contraire, du bruit fait autour de l’affaire. La « Ballade de Rusty Calley », « brave gars de chez nous », qu’on « embête »pour avoir éliminé quelques communistes, se joue dans tous les juke-box du pays. Des milliers de lettres et de télégrammes sont envoyés à  la Maison Blanche, exigeant la révision du procès. Pour ces milliers d’américains Calley n’est qu’un bouc- émissaire. Il faut le libérer.  Le président Nixon finit par entendre ces voix : la sentence est réduite à dix ans d’emprisonnement. En 1974, au bout de cinq ans en prison, Calley libéré rentre chez lui.

 
Mais pour des millions d’américains l’affaire ne s’arrête pas là .Pour eux aussi Calley n’est qu’un misérable bouc-émissaire. Un bouc-émissaire qui s’est fait condamner pour les crimes de ses soldats, de ses supérieurs hiérarchiques, pour les crimes de l’armée américaine toute entière, pour le « système » tout entier…Ce n’est donc pas le lieutenant Calley seul qui aurait dû se trouver dans le box des accusés. Des dizaines, des centaines, des milliers d’accusés auraient dû le partager avec lui. Tous ceux qui ont commis le massacre. Ceux qui, comme le commandant de la Division Americal, ont tout vu et su et n’ont rien dit. Et surtout ceux qui ont rendu une telle chose possible : ceux qui ont inventé la notion infâme de Free Fire Zone – Zone de Tir à Volonté !

 Dans ces Zones, réputées « infestées » par le Vietcong on questionnait souvent les paysans dans les champs. La conversation se déroulait difficilement : la barrière de la langue sans doute…A la fin de la conversation le paysan vietnamien se retrouvait parfois mort. Le soldat teenager ne s’embarrassait pas d’explications. On lui a mille fois répété : « Shoot first, talk later » (Tire d’abord, cause ensuite). « If it’s dead, it’s VC » (si c’est crevé, c’est que c’était du Vietcong…). Fallait-il s’étonner, que dans ces conditions  ces teenagers (âge moyen : 19 ans) ne sachent pas distinguer entre meurtre permis et meurtre punissable ?

 Après le procès Calley, pour l’Amérique et pour le monde, My Lai devient synonyme de Vietnam. Des centaines de milliers de soldats qui n’ont jamais touché un cheveu d’un civil innocent, s’entendront appeler « Baby Killer » (tueur de gosses) à leur retour de la guerre .Des milliers de garçons américains qui ont risqué leur vie en portant secours à des villageois vietnamiens terrorisés par le Vietcong se feront traiter de Baby-Killer au même titre que les massacreurs de My Lai. Leur réinsertion dans la société américaine n’en sera que plus difficile.

Ces quatre récits  sont tirés de mes articles au Journal de Genève et de mes émissions à la Radio Suisse Romande, Espace2. Pour actualiser cet article deux remarques: Ron Ridenhour est décédé
en 1998, à l'âge de 52 ans. William Calley a demandé pardon, très tardivement, en août 2009, pour le massacre de My Lai.

 Demain, en cadeau, un florilège de livres, films, musiques, montages sur You Tube en rapport avec la Guerre du Vietnam.

 Elisheva Guggenheim-Mohosh