vendredi 28 décembre 2012

Guerre du Vietnam: l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis. (V). Florilège de musiques, livres, films, montages sur You Tube...

« We don’t smoke marijuana in Muskogee, we don’t take no trips on LSD"…"We don't burn no draft-cards down on main-street"...Et encore:..".We don’t let our hair grow long and shabby, like the hippies out in San Francisco do"... Enumération très ironique de tout ce que les gens ne font pas à Muskogee, Oklahoma, U.S.A !!! " Okie from Muskogee",chantée par Merle Haggard sur You Tube, sur la bande originale 33 tours et le CD de « Platoon » d’Oliver Stone et par une bande de copains complètement  défoncés dans une scène du film…

 A écouter aussi le merveilleux Adagio for Strings de Samuel Barber, thème principal de « Platoon » (1986).

 
Egalement pour la musique classique : « La chevauchée des Walkyries »  de  Richard Wagner,  avec ou sans le bruit des hélicoptères mixé dans la musique. (Non sur le CD, oui sur 33 tours, bande originale du film « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola, et, bien sûr, oui sur les videos du film et sur les scènes visibles sur You Tube).

 
« The End » par les Doors:" This is the end, my only friend, the end..". Sur 33 tours, sur DVD et sur et la scène visible sur You Tube , vous trouverez un mixage  magnifique de la voix de Jim Morrison avec le bruit  des hélicoptères, et ensuite avec le son des  ventilateurs dans une chambre,( sur fond d’images de jungles et de napalm) et la voix de Martin Sheen qui dit : « Saigon… Shit. I’m still in Saigon… » A revoir absolument la scène et re-entendre la chanson. « Apocalypse Now », 1979.

 
« Good -bye my sweetheart, hello Vietnam” chanté par Johnny Wright sur la bande originale de
“Full Metal Jacket” de Stanley Kubrick. Egalement sur  ce CD, la musique originale composée par la fille de Stanley Kubrick, Abigail Mead, (Vivian Kubrick) “Sniper”, illustrant les sons du siège de la ville de Hué durant l’Offensive du Têt. Absolument superbe. Mais l’illustration musicale des
 films de Kubrick est toujours très bonne !

 
Pour la «  Guerre des Deux Barry » qui a fait rage sur les ondes des stations de radio en Amérique, au début de la guerre du Vietnam, en 1965, il faut absolument écouter (ou re-écouter) Barry MCGuire chantant  « Eve of Destruction » (mais il faut vraiment écouter la version originale de 1965 !!). Chanson anti-guerre : « You’re old enough to kill but not for voting… ». Il faut aussi écouter l’autre Barry, le  Staff  Sergeant Barry Sadler chantant la très patriotique « Ballad  of the Green Beret ». Chanson que le compositeur Miklòs Ròzsa a transformé en Hymne pour la musique originale du risible « Green Berets » de John Wayne, qu’il faut voir, ne serait-ce que pour la scène finale, où le soleil se couche… à l’Est. ( Ne le prenez pas mal. J’adore John Wayne.)

 
Pour les livres : bien sûr, le meilleur est « Vietnam, a History » de Stanley Karnow. «Dispatches » (en français « Putain de Mort ») de Michael Herr est un chef- d’oeuvre. « The Short Timers » (en français « Le merdier » ou Full Metal Jacket) de Gustav Hasford est à lire absolument. Les très intéressants « Dear America, Letters Home from Vietnam » recueil de lettres de soldats américains au front, et «Long Time Passing, Vietnam and the Haunted Generation » de Myra McPherson sont mes préférés. Pour connaître les origines de la guerre lire « Planning a Tragedy » de Larry Berman.

Deux bons montages sur Yout Tube:" The Vietnam War" sur la musique de "The House of the Rising Sun" (The Animals) posté par Toby009, vu par presque 3 millions de personnes et "The Vietnam War" sur la musique de "Paint it Black" (The Rolling Stones) posté par THEFUZZ5445, vu par plus  de 8 millions de personnes. (Ma préférence personnelle: The Animals, montage plus rythmé.)


Finalement, un magnifique film très sous-estimé, un film de deuil d’un réalisateur  en deuil, « Gardens of Stone », (Jardins de Pierre) de Francis Ford Coppola, 1987. Très loin des bruits et des fureurs d’Apocalypse Now et toujours autant de talent.

 

Fin de la série de cinq articles.

 

Elisheva Guggenheim-Mohosh

mercredi 26 décembre 2012

Guerre du Vietnam:l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis. Quatrième partie: My Lai, "stoned murder"!

(voir nos articles du 24, 25 et 26 décembre 2012)

 
Le matin du 16 mars 1968 une unité appartenant à la Division Americal assassine brutalement 347 civils, hommes, femmes et enfants, dans un hameau vietnamien nommé My Lai. Pendant que les soldats américains commandés par le lieutenant William « Rusty » Calley violent, mitraillent et brûlent leurs victimes des dizaines de hélicoptères et d’avions survolent la région à basse altitude. Leurs pilotes prétendront de n’avoir rien vu, rien entendu .Ils ont tous été frappés de cécité et de surdité ce jour-là. Sauf un : Hugh C. Thompson, qui atterrit, pointe sa mitraillette sur le lieutenant Calley  et lui arrache quelques survivants du massacre, qu’il évacue dans son hélicoptère.

 
Hugh Thompson essaie d’alerter ses camarades, ses supérieurs, l’aumônier militaire .En vain. On lui fait entendre raison : il faut qu’il arrête de bavarder…Et Thompson finit de rentrer dans le rang. Il se tait.

 
Il se produit alors un miracle. Le soldat Ron Ridenhour n’était pas présent à My Lai. Mais certains de ses camarades lui racontent des histoires horribles. Ce sont de bons garçons américains, des types tout à fait normaux .Et c’est ce qui fait peur à Ron Ridenhour. Certains de ces garçons qui, chez eux, en Amérique, n’auraient pas levé la main sur un gosse, lui avouent d’avoir tué, violé, brûlé, massacré des dizaines de civils vietnamiens. Pendant des mois Ridenhour fait l’enquête en silence. Il réunit des noms, des faits, des preuves. De retour aux Etats –Unis il adresse une lettre dactylographiée à trente membres du Congrès américain. L’affaire éclate en public en novembre 1969. Le lieutenant Calley est arrêté, inculpé de meurtre, jugé et condamné à la détention à vie en mars 1971.

 
L’affaire déchaîne les passions en Amérique. Une grande partie de l’opinion publique est sincèrement choquée de ce qu’on a appelé « stoned murder » (du meurtre commis par des soldats complètement « défoncés » par la drogue). Elle ne reconnaît plus les « boys », ces garçons que la nation a envoyés outre-mer pour défendre la liberté. « C’est donc cela, une guerre menée par une démocratie ? » se demandent-elle, effarée...

 
Mais beaucoup d’américains sont choqués, au contraire, du bruit fait autour de l’affaire. La « Ballade de Rusty Calley », « brave gars de chez nous », qu’on « embête »pour avoir éliminé quelques communistes, se joue dans tous les juke-box du pays. Des milliers de lettres et de télégrammes sont envoyés à  la Maison Blanche, exigeant la révision du procès. Pour ces milliers d’américains Calley n’est qu’un bouc- émissaire. Il faut le libérer.  Le président Nixon finit par entendre ces voix : la sentence est réduite à dix ans d’emprisonnement. En 1974, au bout de cinq ans en prison, Calley libéré rentre chez lui.

 
Mais pour des millions d’américains l’affaire ne s’arrête pas là .Pour eux aussi Calley n’est qu’un misérable bouc-émissaire. Un bouc-émissaire qui s’est fait condamner pour les crimes de ses soldats, de ses supérieurs hiérarchiques, pour les crimes de l’armée américaine toute entière, pour le « système » tout entier…Ce n’est donc pas le lieutenant Calley seul qui aurait dû se trouver dans le box des accusés. Des dizaines, des centaines, des milliers d’accusés auraient dû le partager avec lui. Tous ceux qui ont commis le massacre. Ceux qui, comme le commandant de la Division Americal, ont tout vu et su et n’ont rien dit. Et surtout ceux qui ont rendu une telle chose possible : ceux qui ont inventé la notion infâme de Free Fire Zone – Zone de Tir à Volonté !

 Dans ces Zones, réputées « infestées » par le Vietcong on questionnait souvent les paysans dans les champs. La conversation se déroulait difficilement : la barrière de la langue sans doute…A la fin de la conversation le paysan vietnamien se retrouvait parfois mort. Le soldat teenager ne s’embarrassait pas d’explications. On lui a mille fois répété : « Shoot first, talk later » (Tire d’abord, cause ensuite). « If it’s dead, it’s VC » (si c’est crevé, c’est que c’était du Vietcong…). Fallait-il s’étonner, que dans ces conditions  ces teenagers (âge moyen : 19 ans) ne sachent pas distinguer entre meurtre permis et meurtre punissable ?

 Après le procès Calley, pour l’Amérique et pour le monde, My Lai devient synonyme de Vietnam. Des centaines de milliers de soldats qui n’ont jamais touché un cheveu d’un civil innocent, s’entendront appeler « Baby Killer » (tueur de gosses) à leur retour de la guerre .Des milliers de garçons américains qui ont risqué leur vie en portant secours à des villageois vietnamiens terrorisés par le Vietcong se feront traiter de Baby-Killer au même titre que les massacreurs de My Lai. Leur réinsertion dans la société américaine n’en sera que plus difficile.

Ces quatre récits  sont tirés de mes articles au Journal de Genève et de mes émissions à la Radio Suisse Romande, Espace2. Pour actualiser cet article deux remarques: Ron Ridenhour est décédé
en 1998, à l'âge de 52 ans. William Calley a demandé pardon, très tardivement, en août 2009, pour le massacre de My Lai.

 Demain, en cadeau, un florilège de livres, films, musiques, montages sur You Tube en rapport avec la Guerre du Vietnam.

 Elisheva Guggenheim-Mohosh

Guerre du Vietnam:l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis. Troisième partie:la génération hantée...


(voir nos articles du 24 et du 25 décembre 2012)

 
« There is no front-line in Vietnam » (Il n’y a pas de ligne de front au Vietnam…)-dira la Platoon Sergeant Clell Hazard (interprété par l’acteur américain James Caan) dans l’excellent Gardens of Stone (Jardins de pierre, 1987) de Francis Ford Coppola. Pour le sergent-instructeur Hazard, vétéran de la guerre de Corée, la guerre de Vietnam est une mauvaise guerre et les vies des jeunes soldats y sont inutilement gaspillées .Ces très jeunes soldats américains, âgés, en moyenne, de 19 ans, sont ce que l’on appelle des « short-timers ». Il  font  un tour de service au Vietnam d’exactement 395 jours. Contrairement à leurs ennemis communistes, le maquis du Vietcong, mais aussi les soldats de l’armée régulière nord-vietnamienne, qui combattent « jusqu’à la victoire finale », le soldat américain, auquel personne n’a expliqué ce que veut dire « une victoire finale » dans une « guerre limitée », ne sait pas ce qu’il fait exactement au Vietnam… Il sait seulement qu’il rentrera en Amérique, s’ il survit sans mutilation ou sans blessure grave, 394 jours… En attendant, il marche, sans but précis, de jungles en rizières et de rizières en jungles. Il marche, il a peur et il tue.

 Il n’y a pas de « soldats planqués » au Vietnam .Des unités de combat jusqu’au dernier « clerc planqué » dans les bureaux d’une base militaire, tout le personnel américain est soumis à un stress sans relâche. Incapable de reconnaître l’ennemi parmi la population, le soldat américain voit du Vietcong partout. Il a peur à chaque pas et à chaque minute d’une mine, d’un engin piégé, d’une attaque à la roquette. Peur des passants et peur des paysans aux champs, peur des jeunes femmes qui peuvent tirer une grenade des couches de leur bébé, peur des enfants qui peuvent renseigner le Vietcong.

 
S’il tire, il risque de tuer un civil innocent. S’il hésite il risque sa vie et celle des ses camarades. Et il hésitera d’autant moins qu’à la guerre du Vietnam, en absence d’objectif précis, la seule preuve tangible de la « victoire » c’est le nombre des cadavres de l’ennemi. C’est le sinistre « body count », le décompte des tués vietnamiens : unité de mesure totalement pervertie, qui mènera certains soldats vers la folie et vers le meurtre gratuit.  « Shoot first, talk later », diront les soldats teenagers… (tire d’abord, cause ensuite…). Et encore : « If it’s dead, it’s VC », (si c’est crevé c’est que c’était du Vietcong…).

 Si le jeune soldat américain est touché, il devra, grâce au miracle du MEDEVAC (évacuation rapide des blessés par hélicoptère) faire face à des mutilations rarement vues dans les guerres précédentes, parce qu’un triple, quadruple amputé y mourrait avant d’arriver sur la table d’opération.

Rapatrié sans transition des riziers vietnamiens vers les gratte-ciel américains, réimplanté dans une société au mieux indifférente, au pire hostile, il devra y faire face à des préjugés, des injures, se faire appeler « baby –killer » (tueur de gosses), il sombrera très souvent dans ce qu’on a commencé, très vite, appeler « le syndrome du vétéran du Vietnam » : le fameux D-PTSD (Delayed Post Traumatic Disorder) : choc post- traumatique , accompagné d’une totale perte de repères et, surtout, de «  perte de signification » (« loss of meaning »)… D’où le taux très élevé de divorces et de suicides parmi les vétérans de cette guerre que l’Amérique finira par perdre.

 

Fin de la troisième partie. Suite demain : My Lai et après, "stoned murder"...

Je vous recommande de revoir deux films de Francis Ford Coppola : le très-très fameux « Apocalypse Now » ,1979 et surtout le très sous-estimé et néanmoins magnifique « Gardens of Stone » (Jardins de pierre, 1987). Deux films d’Oliver Stone : «  Platoon »,  1986, et « Born On a Fourth of July”1989, (Né un quatre juillet, où, pour une fois, Tom Cruise joue vraiment très bien!)

 

Elisheva Guggenheim-Mohosh

mardi 25 décembre 2012

La Guerre de Vietnam: l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis.Deuxième partie.


(voir notre article du 24 décembre 2012)

 L’Offensive du Têt  ( du 31 janvier au 26 février 1968), dont la couverture journalistique intensive a fait entrer la Guerre du Vietnam dans toutes les maisons américaines, est considérée aujourd’hui comme un des pires échecs des services de renseignements américains depuis l’attaque japonaise sur Pearl  Harbor en 1941.L’incapacité de prévoir une attaque communiste si audacieuse, si bien préparée et coordonnée contre toutes les grandes et moyennes agglomérations urbaines su Sud Vietnam a mis en évidence le fait que toute la perception américaine de la guerre était viciée dès le début, dés le fameux « Incident de la Baie de Tonkin". En fait, dès 1964.

 La bataille de Khesanh et l’Offensive du Têt  - toutes deux des victoires américaines sur le terrain, avaient toutes les deux le goût très  amer d’un échec. Ceux qui dirigeaient les combats dans les jungles et les riziers d’Asie depuis leurs bureaux à Washington ou, tout au plus, cloîtrés à l’Ambassade américaine à Saigon, se sont enfin rendus compte du fait que cette guerre n’avait pas d'objectifs bien définis, qu’ils ne connaissaient pas vraiment leurs alliés sud-vietnamiens et, surtout, surtout, qu' ils ont totalement sous- estimé leurs ennemis: aussi bien le Vietcong (le maquis communiste sud-vietnamien) que les spartiates du Sud-Est asiatique, à savoir l’Armée nord-vietnamienne régulière! (la fameuse NVA : North Vietnamese Army, toute à fait présente dans le Sud ! Alors que Washington a lié les mains des généraux américains en interdisant aux soldats américains de poursuivre l’ennemi au-delà du 17° parallèle ! Bombarder le Nord jour et nuit : oui. Permettre une offensive terrestre : non.)

 L’entourage du président Johnson est confronté en ce début de 1968 aux vraies questions. Quelles sont les limites d’une « guerre limitée » ? Comment combattre un ennemi dont le but déclarée est « la victoire finale », avec tout ce que cela comporte  d’illimité dans le temps et en termes de sacrifice ?

 De son incapacité de répondre à ces questions, le président Johnson tire les conséquences qui s’imposent : il ne se présentera pas aux prochaines élections. Il part .Cinq ans et près d’un million de victimes plus tard l’Amérique arrivera à la même conclusion .Et durant cinq ans encore la guerre se poursuit dans la confusion totale des lignes de front intraçables, de progrès non démontrables, de positions chèrement acquises et sans explication abandonnées, comme le fut la base américaine de Khesanh…

 Khesanh, en tant que modèle réduit du gâchis vietnamien, revient souvent dans le récit amer des vétérans : ces trois millions et demi d’hommes et femmes américains, qui reviennent au pays traumatisés, souvent mutilés (au sens propre et figuré) comme aucune génération d’américains avant eux .L’âge moyen du soldat américain au Vietnam est 19 ans .Il est donc de sept ans plus jeune que ne l’était son père, combattant de la Deuxième Guerre mondiale.

 Le soldat américain au Vietnam est ce que Gustav Hasford, (auteur du roman qui servira de base  au scénario de Full Metal Jacket) , appellera plus tard un « short-timer ». Un soldat qui fait un « tour de service » au Vietnam d’exactement 395 jours (s’il n’est pas mort ou mutilé avant…).Sa démobilisation interviendra non pas en fonction d’une mission accomplie ou d’un objectif atteint, mais simplement grâce au fait qu’il a survécu , sans blessure grave, 394 jours…C’est une solution qui est vraiment catastrophique et pour le psychisme du soldat et pour ce qu’on appelle, en termes militaires, « l’esprit de corps ». Le G.I est tiraillé entre le soulagement de partir et la culpabilité d’abandonner ses camarades en plein combat. A mesure que le jour fatidique approche il est de plus en plus angoissé : y arrivera-t-il vivant ?

 Fin de la deuxième partie. La suite demain.

 Je vous propose de lire le magnifique « Dispatches » de Michael Herr,( paru en anglais chez Alfred Knopf, en 1977) un véritable chef-d’oeuvre, paru en français chez Stock, et intitulé, je ne sais  pourquoi « Putain de mort ». Egalement les très bons «  Long Time Passing. Vietnam and the Haunted Generation » de Myra McPherson, (Signet, New American Library, 1984) et"Dear America,, Letters Home from Vietnam” (Pocket  Books, 1985).

 Ce récit est tiré de mes articles au Journal de Genève et de mes emissions à la Radio Suisse Romande, Espace2.

Elisheva Guggenheim-Mohosh

lundi 24 décembre 2012

Guerre du Vietnam:l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis.Première partie.


Khesanh, petite base américaine près du 17-ème parallèle –la frontière séparant les deux Vietnam- étaient située au milieu de collines qui rappelaient la Toscane. Rien ne la destinait à la célébrité, même lorsqu’elle fut attaquée au début de 1968 par quatre divisions d’infanterie nord-vietnamiennes. L’intervention américaine au Vietnam était alors à sa quatrième année, les grandes attaques frontales contre les bases américaines à leur quatrième mois.

 Pourquoi Khesanh est-elle devenue l’abcès de fixation du commandement américain au point de divertir son attention de toute autre opération ? Pourquoi, malgré le déluge de bombes que déversaient les B-52 et le nombre relativement limité des pertes américaines ces derniers se sont-ils comparés à la malheureuse garnison française massacrée en 1954 ? Nul ne le sait. Toujours est-il qu’un modèle réduit du plateau de Khesahn fut construit dans les sous-sols de la Maison Blanche. Le président Johnson, inquiet, tournait autour de ce modèle, la nuit, en robe de chambre, déclarant à ses généraux : « Je ne veux pas, entendez vous, je ne veux pas d’un Dien-Bien-Machin » (Selon Stanley Karnow : « I dont want any damn Dinbinphoo.. »Voir notes).

 La bataille autour de Khesanh fait rage depuis dix jours, lorsque dans la nuit du 31 janvier 1968 les forces communistes lancent leur offensive dite « du Têt ». Une attaque minutieusement préparée, superbement coordonnée contre toutes les grandes et moyennes agglomérations urbaines. Le Vietcong, aidé des forces nord-vietnmiennes frappe de Hué et Danang au nord à Saigon au Sud, en passant par Pleiku et Dalat avec la même férocité, la même audace, souvent suicidaire !

 Des hauts plateaux jusqu’au bord de la mer, du Delta du Mékong jusqu’à la frontière laotienne, les villes vietnamiennes brûlent .Les américains, pris par surprise, dépêchent leurs forces dans les jungles et les rizières vers les villes. Certaines seront reprises en quelques jours. D’autres, comme la ville de My Tho , seront « détruites afin d’être sauvées » des communistes…Hué sera doublement martyrisée : d’abord par un règlement de comptes en forme de bain de sang contre les fonctionnaires du régime sud-vietnamien commis par le Vietcong. Ensuite par trois semaines de pilonnement et de bombardement américains. La plus sanglante bataille de la Guerre du Vietnam se termine le 26 février 1968 avec la reprise de la Citadelle de Hué. Et toute l’attention va se tourner à nouveau vers Khesanh. Khesahn, qui résistera victorieusement à 9 semaines de siège pour être très discrètement abandonnée en juin 1968 avec le départ du général Westmoreland du Vietnam….

 
L’Offensive du Têt et le siège de Khesanh : deux victoires américaines qui ont le goût amer de la défaite .Le Têt est considéré aujourd’hui comme un des lus graves échecs des reinseignements américains depuis Pearl Harbor .Mais au delà de l’incapacité de prévoir une attaque d’une telle envergure, cette offensive a mis en évidence une myopie plus globale. Elle a démontré que toute la perception américaine de la guerre était dès 1964 viciée par trois malentendus : la méconnaissance de ses propres motivations (la fameuse question de la Deuxième Guerre mondiale, « Pourquoi nous combattons ? »…),la méconnaissance de l’allié sud-vietnamien et la méconnaissance de l’ennemi !

 
Fin de la première partie. Suite demain.
Ce récit est tiré de mes articles au Journal de Genève et mes émissions à la Radio Suisse Romande Espace2.
 
(Je vous recommande la lecture de « Vietnam, a History » de Staley Karnow, Penguin Books, 1984. A mon avis le meilleur ouvrage écrit sur la guerre du Vietnam. Et visionnez à nouveau Full Metal Jacket de Stanley Kubrick !

 Quant à la citation de la boutade du président Johnson (« I  don’t  want any damn dinbinphoo »)- elle fait, bien sûr, allusion à la bataille de Dien Bien Phu  entre la garnison française et le Viet Minh en 1954),
 
Elisheva Guggenheim-Mohosh

samedi 24 novembre 2012

Pearl Harbor: D'Oahu à Okinawa. Quatrième partie: la bombe.

(voir nos trois articles du 22, 23 et 24 novembre 2012)

Le principe « Germany First » - priorité accordée au front  anti-allemand, principe sur lequel Churchill et Roosevelt s’entendent dès la fin 41, se heurte rapidement aux réalités du Pacifique. Il faut arrêter le Japon. Il faut essayer de contenir les forces japonaises dans leur immense périmètre et, dès l’été 42, entreprendre la reconquête des îles.

 Trois évènements créent le tournant dans l’histoire des batailles du Pacifique. D’abord le 18 avril 1942 : 30 secondes sur Tokyo. Bombardement surprise de seize « B-25 » du colonel Doolittle sur le Japon. Bombardement qui a fait peu de dégâts mais qui  a beaucoup choqué les japonais. Puis c’est  la bataille de la mer de Corail, que les américains ne remportent pas mais les japonais non plus, et c’est déjà une nouveauté. Puis vient le vrai grand tournant, en juin 1942. La bataille de Midway, exactement au milieu de l’Océan Pacifique, où les pilotes de l’aéronavale réussissent un coup d’éclat sans précédent : mettre fin en exactement 5 minutes à la supériorité navale du Japon, en coulant 4 porte-avions et en détruisant 300 avions de l’aéronavale japonaise. Seulement attention : c’est NOUS qui savons que Midway était le tournant ; nous de notre perspective  historique. C’est nous qui savons que malgré leur tenacité et leur détérmination, malgré leur esprit de sacrifice et leur capacité terrible d’infliger des pertes, les japonais ne remporteront plus jamais une vraie victoire dans la Deuxième Guerre mondiale. C’est nous qui savons que désormais toute action militaire entreprise par les Etats Unis, se terminera, à plus au moins longue échéance, par une victoire américaine : victoire amère, victoire sanglante, mais victoire quand même!

 Commence-t-alors la longue route sanglante de la reconquête des îles. A travers des paysages d’une beauté parfois halluciante, Mc Arthur mènera l’offensive des Iles Salomon de la Nouvelle Guinée  vers son but ultime : les Philippines. Quant à l’Amiral Nimitz, il attaquera successivement les Iles Marshall, les Iles Gilbert et les Iles Mariannes, avant de pénétrer dans le périmètre interne  de la défense japonaise.

 Première grande étape, donc, en août 42 : Guadalcanal. Sa conquête prendra six mois : un avant-goût amère de se qui va suivre.. En 1943, c’est la bataille pour Tarawa, une minuscule atoll de corail dans les Iles Gilbert. 72 heures d’enfer et, vu l’exiguité du territoire, une des plus grandes concentrations de morts etde blessés sur le champ de bataille dans toute l’histoire des guerres modernes. Sur Tarawa, les américains ne feront que 17 prisonniers japonais….

 Eté 44 : les Iles Mariannes : Saipan, Tinian, Guam. Une opération combinée de la Navy, de l’aviation et de l’infanterie américaine. Une victoire écrasante sur tous les plans, mais à quel prix… Un cinquième des soldats américains morts ou estropiés à vie. Quant aux japonais, leur résistence atteint les limites humaines.  Outre  les dizaines de milliers de militaires de morts au combat, des milliers de militaires et de civils se suicident à Saipan, la plupart en se précipitant du haut des rochers. Parmi les japonais qui mettent ainsi fin à leur vie : le légendaire amiral Nagumo, celui qui dirigait  l’attaque japonaise contre Pearl Harbor…

 La perte des Iles Mariannes est le début  de la fin pour le Japon. Des bases aériennes situées sur ces îles partiront dès la fin 1944 des bombardiers géants. De véritables forteresses volantes  avec une autonomie de carburant suffisante pour atteindre les Iles japonaises et y semer la terreur.
Puis, en octobre 44, le rêve enfin réalisé pour Douglas Mc Arthur : la grande bataille navale du 
Golfe de Leyte et le débarquement américain aux Philippines.Là aussi les combats dureront six mois jusqu’à la libération complète des îles. Mais dès février 1945, dans Manille en ruine, les américains diront fièrement : NOUS SOMMES DE RETOUR

 « Nothing will stop the US Airforce… » - chantent les aviateurs américains. En effet, rien n’arrétera leurs bombardiers.. La stratégie du bombardement systématique du territoire ennemi, appliquée par les Alliés en Allemagne, va maintenant être utilisée contre le Japon. Les îles du Pacifique reconquises serviront de départ aux bombardiers géants. Dans la nuit de 9 mars 1945, 334 bombardiers B-29 volent en formation serrée vers Tokyo. Ce sera un des raids aériens les plus meurtriers de l’Histoire. Au petit matin on compte les morts : 83 000 civils tués. 83 000 morts c’est plus que l’ensemble des victimes civiles britanniques tuées par les bombardements durant toute la Deuxième Guerre mondiale !! " We’ll bomb them back to the stone ages »- ils retourneront à l’Age de Pierre – promettent les aviateurs américains en larguant les bombes incendiaries. Et les raids se répétent, les nuits, les semaines, les mois qui viennent. Tokyo, Kobé, Nagoya, Osaka, le port de Yokohama, les grands centres industriels, ne sont plus que flammes, cendres et gravats. Il n’y a plus de flotte commerciale, ni bateaux de pêche, ni voies ferrées. Les morts se comptent par centaines de milliers, les sans-abri par millions. La ration calorique des japonais se réduit à 12oo calories par jour. Le Japon, soumis à un blocus naval, est au seuil de la famine.

 Au milieu de toute cette destruction, quatre cités restent curieusement intactes. Ce sont Kokura, Hiroshima, Niigata et Nagasaki. Elles sont systématiquement évitées par l’aviation américaine,comme si elles étaient destinées pour une démonstration. Pour le moment personne ne sait laquelle…

 Trois années se sont écoulées depuis la désastreuse série  de défaites alliées. La guerre du Pacifique entre maintenant dans sa phase finale. En février 1945 les américains atteignent Iwo Jima, un petit 
enfer rocailleux perdu au milieu de l’océan , à 1000 km des côtes japonaises. La bataille sera effroyable. Plus de 5000 Marines tués. Quant aux 23 000 japonais qui défendent l’île, ils se batteront jusqu’au dern

 La bataille fait encore rage lorsque le 23 mars 1945 six soldats du  Corps des Marines réussissent à planter le drapeau américain au sommet du Mont Suribachi. Joe Rosenthal de l’Agence Associated Press est là. Il prend une photo superbe, en fait une des photos les plus célébres  de la Deuxième Guerre  mondiale. La prise du Mont Suribachi devient ainsi un autre moment-culte pour toute une génération d’américains. Quant à la légendaire photo de Joe Rosenthal, elle servira de modèle à l’énorme statue de bronze dédiée au Corps des Marines, qui se dresse près du cimetière d’Arlington.

 A peine le son du canon s’est il tu sur l’île et la lueur des lance-flammes s’est-elle éteinte que  les premiers bombardiers géants Bl-29 s’envolent déjà des pistes d’aviation construites en toute hâte. Leur but : incendier les villes japonaises.

 Les Marines, eux, continuent leur route vers la prochaine étape : l’Ile d’Okinawa, à 5oo km des còtes japonaises. Ceux qui ont combattu  à  Iwo Jima, l’ont souvent dit : ils n’ont plus peur de l’enfer, ils y ont déjä fait un tour.  Mais l’horreur d’Okinawa dépasse tout ce qu’ils  ont vu ou connu. Okinawa c’est 3 mois de boucherie désespérée, avec 120 000 morts, dont 12 mille Marines. Okinawa c’est le suicide des  officiers nippons qui préférent la mort à la défaite. Horrifiés et impuissants , les soldats américains assistent à des scènes où par dizaines, par centaines, les japonais dégoupillent leurs grenades pour se faire  sauter ou se tuent avec leurs sabres de samouraï. Mais le plus terrible à supporter à Okinawa ce sont les attaques des kamikazé. Dès le lendemain du débarquement, le 6 avril 1945, 700 avions japonais attaquent les bateaux américains au large d’Okinawa. Un avion sur deux ne dispose pas de carburant pour revenir à la base et doit se lancer contre l’objectif ennemi pour périr avec lui. Leurs pilotes sont des volontaires pour mourir et se transformer ainsi en VENT DIVIN-( en 
japonais: Kami-Kazé).  Au cours des trois mois de la bataille de l’Okinawa les américains subiront 3000 attaques suicide. A la fin, lorsqu’ils remportent la victoire, une réflexion terrible se fait surface : Continuons ainsi, de victoire en victoire, et pas un seul de nous n' en sortira vivant. Jamais, jamais 
nous ne reverrons nos familles  et nos maisons ! Car si les japonais combattent avec une telle détermination à 500 ou 1000 km de leurs côtes, combien de morts faudra-t-il pour envahir le Japon lui-même ?

 C’est cette question angoissante se qui pose à Harry Truman, lorsque le président Roosevelt meurt subitement  le 12 avril 1945. L’inexpérimenté vice-président hérite d’un problème très complexe : comment mettre fin à la guerre la plus meurtrière que l’humanité ait connue ?

C’est vrai, les bombardiers B-29 incendient à leur guise- le Japon est dévasté, affamé,épuisé. Mais il n’est pas à genoux. En Manchourie, en Corée, au Japon même, 4 millions de soldats sont debout , en armes, prêts à mourir pour leur empereur. Combien de temps, combien de morts faudrait-il pour en venir à bout ? La réponse que les experts militaires apportent au nouveau président est consternante. Si l’on prend les batailles terribles d’Iwo Jima et d’Okinawa comme base de calcul, l’invasion du Japon durera jusqu’au mois de novembre 1946 et coûtera la vie à un demi million, peut être même  à un million d’américains.

 A ce moment le dossier Manhattan, dont il n’a jamais été tenu au courant en tant que vice président, apparaît àn Harry Truman comme une lueur d’espoir. Cette arme terrible, cette bombe atomique qu’on est en train d’élaborer dans le plus grand secret depuis des années déjà à Los Alamos, dans le Nouveau Mexique, est, paraît-il, au point…Au fil  des jours, la bombe « A » paraît à Truman la panacée, la solution à tous ses problèmes. La bombe mettrait une fin immédiate à la pire guerre de l’Histoire, qui n’en finit pas de tuer, et ce avec des pertes limitées à quelque dizaines de milliers de morts, contre les millions qu’entraînerait la poursuite des combats .La bombe prendrait les russes de vitesse et les empêcherait de tenir leur promesse encombrante d’attaquer les japonais dans le dos après la fin des combats en Europe! Ainsi ils seront écartés de la scène Extrême-Orientale et n’y 
auront pas droit à une part de vainqueur!La bombe servirait même d’instrument de paix et de démocratie le lendemain de la victoire des Alliés- notamment en remodelant le système politique du Japon !!

 Certains experts militaires essayent de persuader le président que tout le problème de l’invasion est un faux problème et le spectre d’un million d’américains morts est un faux spectre. Selon ces avis, la poursuite du bombardement systématique du Japon, ainsi qu’un blocus naval suffiront pour épuiser très rapidement l’Empire du Soleil Levant.A ces  voix  optimistes, d’autres voix répondent qu’on a 
bien bombardé l’Allemagne à feu et à sang : les Alliés ont quand même dû envahir le pays, et le prendre, mètre après mètre, à la baïonette. On devrait agir de même avec les japonais, quitte à  
attteindre le prorata des pertes d’Iwo Jima et d’Okinawa.

 D’autres voix s’élèvent alors pour demander à Truman de se satisfaire d’une explosion atomique démonstrative sur une île déserte. Encore d’autres, dont le secrétaire à la défense Henry Stimson, veulent adoucir la formule impitoyable de « capitulation sans conditions » (Unconditional Surrender)-qu’on veut imposer au Japon. Ils proposent une formule plus acceptable pour ceux qui, au Japon, poussent l’Empereur Hirohito vers une « réddition honorable ».
 Tous ces conseils modérateurs sont rejetés. Dans la déclaration finale de la Conférence de Potsdam du 26 juillet 1945 est inclus un ultimatum exigeant une capitulation japonaise sans conditions. En cas de refus Truman est décidé de larguer une bombe atomique, sans avertissement, sur un objectif réel. Le gouvernement japonais ne réagit pas à l’ultimatum. Les Alliés considèrent ce silence comme un refus.


A l’aube du 6 août, un bombardier B-29, l’Enola Gay, s’envole de la base de Tinian,dans les Iles Mariannes. La bombe dans la soute est de type « Thin Boy »- Petit Gamin – en uranium. La cible est 
choisie en fonction des conditions météorologiques. Justement : le soleil brille sur Hiroshima. Une lueur, et le cœur de cette ville arrête de battre…

Le 8 août  Staline déclare la guerre au Japon et attaque la Manchourie. Le 9 août une bombe atomique  de type « Fat Man » - Gros Bonhomme – en plutonium, doit  être larguée sur la ville de Kokura. Le bombardier B-29 tourne en rond… Puis la bombe est larguée, in extrémis, sur Nagasaki… Cinq jours plus tard le Japon capitule. Et c’est le 2  septembre, sur l’USS Missouri, ancré 
dans la Baie de Tokyo et triomphalement survolé par les avions américains, que le général Mc Arthur déclarera : « these proceedings are close »… Cette histoire est finie.


Elisheva GUGGENHEIM-MOHOSH
Ce quatrième article met fin à la  série consacrée à l'attaque japonaise sur Pearl Harbor et ses conséquences. Les articles sont extraits de mes émissions à la Radio Suisse Romande Espace2 et de mes articles au journal de Genève.

Pearl Harbor: D'Oahu à Okinawa. Troisième partie: des films célébrent la défaite.

(voir nos articles du 22 et du 23 novembre 2012)

Comme tous les autres secteurs de la société américaine, l’industrie cinématographique hollywoodienne se met immédiatement au service de l’effort de guerre. Dix jours seulement après Pearl Harbor, l’office de coordination entre Hollywood et Washington fonctionne à pleine vapeur. Rien qu’entre décembre 1941 et juillet 1942 72 films de guerre seront produits à Hollywood !

Tout en faisant attention de ne pas glisser systématiquement dans la propagande de haine à l’encontre de l’ennemi ou dans le « flagwaiving » - l’agitation du drapeau américain- tous les films de guerre faits entre 1941 et 1945, et même dans les années après guerre, obéissent à certains schémas obligatoires. D’abord célébrer l’unité de tous les américains, la réussite du grand « melting-pot ». Idée qui trouve son expression dans le « multi-ethnic-platoon », l’unité de combat oû les américains des origines  les plus diverses, irlandais, italiens, juifs, texans, fermiers de l’Oklahoma, fils de bonnes familles de Philadelphie, tous combattent et meurent avec la même abnégation. Autre schéma obligatoire : célébrer l’unité des 30 nations qui combattent contre les puissances de l’Axe. (Les merveilleux anglais, pas du tout impérialistes… Les merveilleux chinois, pas archaiques pour un sou… Le merveilleux Chang Kai Chek… Nos amis de Moscou…) Célébrer aussi la cohésion et l’abnégation des merveilleux américains restés au pays, surtout nos mères et nos épouses, qui payent leurs impôts sans grogner, qui s’engagent comme ouvrières dans les usines d’armement, qui achètent des bons gouvernementaux pour soutenir l’effort de guerre (les fameux War-bonds), qui apportent leurs morceaux de sucre lorsqu’elles sont invitées pour le thé...

 Mais les premiers films de guerre sont là , surtout, surtout, pour célébrer la défaite.

Mais oui. La défaite.

 Loin d’essayer de cacher au public l’étendue de l’humiliation américaine durant les cinq premiers mois de la guerre, beaucoup de films de guerre américains, et non les moindres , sont des véritables hymnes à la défaite.Dans Wake Island de John Farrow, un film de 1942, on voit toute la garnison des Marines massacrée par les japonais. Dans Air Force de Howard Hawks, (tourné en 1942, sorti en 1943), un des plus grands succès hollywoodiens de 1943, on assiste au périple de  d’une forteresse volante B-17, la Mary-Ann, incapable d’atterir sur Hickam Filed sur la base naval de Pearl Harbor qu’elle survole en pleine attaque japonais, fuyant vers l’île de Wake dans le Pacifique et de là vers Manille dans les Philippines, chaque fois surprise par l’inexorable avance de l’ennemi.

 Dans un merveilleux petit film joué uniquement par des femmes, « Cry Havoc » de Richard Thorpe, de 1943, on voit les infirmières capturées avec l’ensemble des forces américaines sur la presqu’île de Bataan aux Philippines, sortir de leur bunker les mains levées en signe de réddition.

 Les « Sacrifiés » de John Ford (1945) et « Bataan » de Tay Garnett(1943), sont des variations sur le même thème. «  Les sacrifiés » (They Were Expendable), avec John Wayne et Robert Montgomery dans les rôles  principaux (Montgomery figure au générique du début du film en tant que « Robert Montgomery, commandant dans la marine des Etats-Unis » et Ford en tant que « Capitaine John Ford… ») décrit la défaite tragique des forces américaines aux Iles Philippines et notamment la capture, pour la première fois dans l’histoire , de femmes-soldats américaines : les infirmières de Bataan…  Mais l’inscription, tenant lieu du mot FIN dans tous ces films c’est un message de courage et d’espoir ! C’est la promesse du général Douglas Mc Arthur : « Je reviendrai ». Nous reviendrons.

C’est donc la désastreuse campagne des  Philippines qui a inspiré le crédo de tous les films de guerre américains   à partir de 1942. Pourtant, peu de chefs militaires ont été aussi contestés et critiqués que 
Douglas Mc Arthur. On lui reproche aussi bien son extravagance, sa vanité, son goût immodéré pour la publicité, que ses erreurs de décision sur le plan militaire et même son comportement au combat. On lui reproche le manque de préparation des forces américaines sous son commandement aux Philippines. On lui reproche aussi le fait que durant les  mois de résistance héroique de ses hommes affamés, affaiblis, atteints par la malaria, retranchés d’abord sur la Péninsule de Bataan, puis sur l’île forteresse de Corregidor, il n’a fait qu’une seule apparition sur le champ de bataille ! Il reste encore dans la mémoire des vieux soldats les paroles de la chanson sur « Dougout Doug » - Doug la pêtoche -, "qui se tient à l’abri et mange bien, tandis que ses troupes crèvent de faim…" On lui reproche, (et  c’est injuste) d’avoir abandonné ses soldats et s’être fait évacuer en Australie, pour y prendre le commandement des forces du Pacifique Sud, et organiser la reconquête tandis que ses troupes, tombées en captivité faisaient la terrible Marche de la Mort de Bataan, un des pires épisodes de prisonniers de  guerre durant la Deuxième Guerre  mondiale.

 N’empêche qu’aux  USA Douglas Mc Arthur  est un héros. Le Lion des Philippines… L’archétype du bon américain ! En Australie, tournant vers Bataan (à plusieurs milliers de kilomètres de là) il s’écrie : « Je reviendrai » Et toute l’Amérique reprend en cœur : nous reviendrons...


Elisheva Guggenheim-Mohosh

Le prochain article de la série "Pearl Harbor" nous ménera vers les batailles du Pacifique et leur
aboutissement: "La Bombe."

Nous reviendrons dans un autre série d'articles, nommée " Le méchant japonais: stéréotypes d'avant Hiroshima" sur le message des films de guerre américains entre l'attaque sur Pearl Harbor et les bombes nucléaires largués sur le Japon en août 1945.

Voir la série" Le méchant Japonais" publiée  les 16, 17, et 18 janvier 2013