vendredi 18 janvier 2013

"Le méchant japonais": stéréotypes d'avant Hiroshima.Troisième partie.



 (voir nos articles du 15 et 16 janvier)

 Dans nos deux précédents articles nous avons vu les raisons historiques et culturelles, voire géographiques (localisation des champs de bataille) de la formation des stéréotypes négatifs( et très blessants !) de l’adversaire japonais dans les films de guerre américains entre 1941 et 1945.

 Aujourd’hui j’aimerais vous donner quelques exemples terrifiants des discours tenus dans certains de ces films. Discours qui, aujourd’hui, 67 ans après les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki, nous donnent encore froid dans le dos.

 Nous avons déjà parlé d’Airforce, (1943) le chef d’œuvre de Howard Hawks, dans lequel on entend le pilote américain qui vient d’abattre un avion japonais et voit le pilote ennemi brûler vif , s’écrier : « Et un japonais rôti, un ! » (« One fried jap down… ») Encore plus choquant est l’échange entre deux soldats américains dans « Guadalcanal Diary » de Lewis Seiler (1943).Un des soldats interroge son camarade : que ressent-on en tirant sur des êtres humains ? La réponse : « Oh, tu sais, le choix est simple. Tuer ou être tué, et, de toute façon, les japs ne sont pas des êtres humains »…  (« besides, it ain’t people… »).

 « The  Purple Heart » (Dans les griffes de Satan) de Lewis Milestone (1944) raconte le calvaire de deux équipages de bombardiers capturés, jugés et exécutés par les japonais. Le discours final de l’aviateur américain joué par Dana Andrews constitue un des grands moments de la propagande de guerre américaine. Il préfigure – inconsciemment, peut-être –Hiroshima et Nagasaki, mais aussi les terribles bombardements stratégiques conventionnels sur les villes japonaises en 1945.  Dana Andrews crie à la face de ses juges « Il est vrai que nous autres américains ne savons pas grand-chose sur vous, Japonais, mais vous, vous ne savez rien sur nous. Vous pouvez nous tuer tous, mais si vous pensez  que ceci dissuadera l’Amérique de vous envoyer d’autres bombes, vous-vous trompez, oh, et comment ! Nous noircirons vous cieux et nous brûlerons vos villes, nous les réduirons en cendres et NOUS VOUS METTRONS A GENOUX ET VOUS ALLEZ NOUS SUPPLIER D’ARRETER ! C’est votre guerre ! Vous l’avez commencé ! Vous l’avez voulu ! Et elle ne se terminera pas avant que votre sale petit empire ne soit effacé de la surface de la terre ! »

 Ce discours terrifiant, dans un film sorti en 1944  annonce déjà la volonté américaine d’obtenir une capitulation japonaise sans conditions, une CAPITULATION A GENOUX !

 Quant au discours suivant, tiré d’un des plus grands classiques du cinéma de guerre, « Aventures en Birmanie » (Objective, Burma !) de Raoul Walsh, sorti en 1945, c’est un monument de haine et de colère tout à fait caractéristique de l’état d’esprit américain à la fin de la guerre.

 Le film a toujours été objet de scandale, parce que la star, Errol Flynn, n’a jamais fait son service militaire et que le scénario présentait les Américains comme les conquérants de la Birmanie, alors que ce rôle revenait aux Britanniques, nullement mentionnés dans le film..(le film fut longtemps interdit de projection en Angleterre.) Une des scènes mémorables du film est le discours halluciné du vieux correspondant  de guerre devant les corps des soldats américains mutilés : « En trente ans de journalisme je croyais avoir tout vu, je pensais que je savais tout de ce que les hommes pouvaient faire les uns aux autres. Mais ceci est différent… Cette chose a été commise par des gens qui se prétendent civilisés…Civilisés ! Ce ne sont que des idiots dégénérés, des  êtres dénués de sens moral. PETITS SAUVAGES PUANTS ! EFFACEZ-LES, je vous le dis ! Effacez-les de la surface de la terre ! EFFACEZ-LES DE LA SURFACE DE LA TERRE !! »

Voici donc pour les grands films de guerre. Cependant, le discours le plus extraordinaire se trouve dans un petit film de propagande, « Face au soleil levant » (Behind the Rising Sun ) du réalisateur Edward Dmytryk, sorti en 1943. Pourtant, ce film est connu être le seul de l’époque , dans lequel les les personnages japonais sont vus de manière humaine et différenciée, puisque certains, sympathiques et courageux, résistent au militarisme fasciste de leur pays .Un de ces personnages sympathiques se suicide à la fin du film. Mais avant le hara-kiri traditionnel, il lance un appel désespéré : « DETRUISEZ-NOUS, comme nous avons détruit les autres ! DETRUISEZ-NOUS AVANT QU’ILS NE SOIT TROP TARD ! »

 Sans commentaire.

Fin de la série de trois articles consacrés aux stéréotypes antijaponais d’avant Hiroshima, articles extraits de mes émissions à RSR Espace2 et mes articles au Journal de Genève. Voir aussi les quatre articles de la série « Pearl Harbor, d’Oahu à Okinawa », publiés fin décembre 2012.

Elisheva Guggenheim-Mohosh

jeudi 17 janvier 2013

"Le méchant japonais": stéréotypes d'avant Hiroshima. Deuxième partie.


(voir notre article du 15 janvier)

 
Nous avons vu dans notre article précédent que l'industrie cinématographique américaine,  dans ses films tournés entre décembre 1941 et l’été 1945, est incapable de traiter le peuple japonais avec le même respect qu’elle réserve aux ennemis de race blanche. (les Italiens et les Allemands). Mais si les américains souffrent du «  syndrome du péril jaune », du moins s’agit-il d’un péril jaune nuancé…Les Japonais sont tous affreux. Les Coréens, peuple conquis, ne sont pas inclus dans le mépris des hordes orientales. Quant aux Chinois, : « ils sont nos amis et nos alliés », et gare au scénariste hollywoodien qui oserait parler de leurs mœurs archaïques, qui ferait mention des seigneurs de guerre chinois ou qui ne traiterait pas le généralissime Tchang Kai-chek en grand démocrate !

 Mais si on a interné les Nissei (les familles américaines d’origine japonaise) dans des camps de détention (et ce malgré l’héroisme de leurs fils combattant pour l’Amérique sur le théâtre européen, par exemple dans la bataille sanglante de Monte Cassino !), s’il n’y a pas d’acteur japonais à Hollywood, qui jouera les méchants japonais dans les films de guerre et de propagande ? Eh bien, les Japonais seront joués par des acteurs américains mal maquillés, par des acteurs coréens et par des Chinois. Ce qui fera dire aux critiques de l’époque que, dans certains films, «  toute l’Armée impériale japonaise a l’air d’être évadée d’une blanchisserie chinoise, quelque part à New York… ».

 
Les stéréotypes antijaponais qui apparaissent dans tous les films américains entre 1942 et 1945 reflètent bien l’état d’esprit du public. Public pour lequel tous les Japonais sont des traîtres malins, cruels, fanatiques et arrogants.

 Deux facteurs contribuent à la formation et la généralisation de ces stéréotypes négatifs. D’une part l’immense traumatisme de l’attaque surprise sur la base navale de Pearl Harbor. D’autre part la configuration des champs de bataille en Asie et dans les Iles du Pacifique. La guerre en Europe se fait, en effet, au milieu de villes et de villages, de places, d’églises, d’édifices familiers. Aussi, l’ennemi semble-t-il familier. Les Allemands et les Italiens, avec leurs qualités et leurs défauts, apparaissent comme des êtres somme toute assez semblables aux Américains.

 
Les combats en Extrème-Orient et dans le Pacifique se déroulent, eux, au cœur de jungles moites et au milieu d’atolls isolés. L’ennemi, étrange et insondable, se confond avec le milieu inhospitalier. Dans le décors souvent somptueux des îles lointaines, toutes les normes de la civilisation occidentale semblent s’effacer devant la sauvagerie…

Achever les  blessés, torturer les prisonniers, lever les mains en signe de reddition pour ensuite dégoupiller une grenade et tuer les soldats américains naïfs et crédules...La traîtrise et la cruauté semblent tout à fait caractéristiques des fils d’un pays dont les diplomates souriants négociaient encore à Washington alors que leur bombardiers incendiaient déjà la base de Pearl Harbor…Un peuple qui a poignardé ainsi dans le dos notre chère Amérique sera toujours capable de TOUS LES CRIMES…Et, par conséquent, méritera TOUS LES CHATIMENTS!.Tel est le message des films de guerre américains entre Pearl Harbor et Hiroshima.

 Le merveilleux « Aventures en Birmanie » (Objective , Burma !) de Raoul Walsh, tourné en 1945 commence par les mots « In the japanese-infested  jungle » (dans la jungle infestée de japs ). Le chef- d’oeuvre de Howard Hawks, «  Airforce », tourné en 1942, a failli d’être interdit par la censure à cause d’un juron lâché par un aviateur. Mais on a froidement laissé passer la scène suivante : lorsqu’un pilote japonais brûle dans son avion, le pilote américain s’écrie : « One fried jap down !!! » (Et un japonais rôti, un !)…

 « Bataan », de Tay Garnett(1943) est un des nombreux films consacrés à l’épisode douloureux de la défaite américaine aux Philippines. Tout y est. Avions japonais mitraillant les colonnes de réfugiés et les ambulances de la Croix Rouge, troupes japonaises avançant inexorablement pour menacer femmes et enfants. Un petit commando d’Américains et de résistants philippins héroïques se porte volontaire pour ralentir l’avance de l’ennemi. Cet ennemi nous est montré uniquement sous la forme d’ombres menaçantes et furtives, des ombres qui surgissent des marécages fumants, qui tuent les héros de coups de baïonnette DANS LE DOS, torturent et mutilent celui qui tombe entre leurs mains et encerclent le seul survivant, qui n’est autre qu’un des plus grandes stars de Hollywood : Robert Taylor. Taylor mitraille les méchants jusqu’à son dernier souffle, en leur criant : « Venez, venez sales créatures. Nous sommes ici et nous serons toujours ici.Il faudra toujours compter avec nous  !"  Et le narrateur du film de conclure avec la promesse du général Douglas McArthur, lorsqu’il a dû quitter les Philippines (en abandonnant ses troupes tombées en captivité…) : NOUS REVIENDRONS !!!

 Fin de la deuxième partie. Demain :la route vers Hiroshima.

 
Je vous suggère de revoir « Aventures en Birmanie » (Objective , Burma !) de Raoul Walsh(1945).
D’une part un monument de haine et de colère, d’autre part certainement un des films de guerre les plus parfaits (et ceci de l’avis de tous les experts) avec Full Metal Jacket. Ecoutez bien la musique originale du film, composée par Franz Waxman : elle  est remarquable.

 
Cette série d’articles est extraite de mes émissions à RSR Espace2 et mes articles au Journal de Genève.Voir aussi ma série de quatre articles, "Pearl Harbor: d'Oahu à Okinawa", publiée sur ce blog en décembre 2012.

 
Elisheva Guggenheim-Mohos

mercredi 16 janvier 2013

"Le méchant japonais": stéréotypes d'avant Hiroshima. Première partie.



Singes aux yeux d’insectes… Rats bridés… Macaques… Comment  l’industrie cinématographique américaine s’est-elle permise de traiter ainsi l’ennemi japonais dans les quatre années de la guerre du Pacifique ? Comment les scénaristes et les réalisateurs sont-ils arrivés à de tels excès ?

 Dans la décennie avant l’attaque japonaise sur Pearl Harbor les américains n’avaient qu’une seule envie : rester en dehors du conflit qui se préparait sur le Vieux Continent. « Une fois nous a amplement suffi ! Nous avons déjà assez donné en 1917 !! » disaient-ils.

 L’armée américaine dans les années 30 n’est que le dix-septième armée du monde. Le sénateur isolationniste Nye est chaleureusement applaudi lorsqu’il appelle les marchands d’armes des «  marchands de mort ».Le même sénateur Nye traque  toute velléité d’interventionnisme dans les scénarios hollywoodiens. La moindre allusion aux horreurs de la Guerre d’Espagne, aux agissements de Mussolini en Ethiopie ou aux méfaits de « Herr Hitler » en Allemagne est franchement malvenue. Hollywood se déclare neutre vis- à- vis de l’Europe pratiquement jusqu’à 1940. Quant aux japonais, on n’en parle pas. Ils n’intéressent personne et n’effraient personne.

 Avec le bombardement de la base navale de Pearl Harbor, sur l’île d’Oahu (Hawai) le 7 décembre 1941, tout change. En quelques heures, des décennies d’isolationnisme sont effacées. Le lendemain de l’attaque, toute l’Amérique, Hollywood en tête, est unie derrière le président Roosevelt, déterminé à mettre les japonais à genoux. Coûte que coûte.

 Les six premiers mois de la guerre - justement ces six premiers mois qui ne sont qu’une seule longue litanie d’humiliations et de défaites pour les Alliés –non moins que 72 films de propagande et de combat sont en chantier. Dix jours seulement après Pearl Harbor, l’OWI – Office of War Information – l’office de liaison entre Washington et Hollywood, fonctionne à pleine vapeur. Les conseillers de président Roosevelt aimeraient bien éviter les excès grotesques des films de propagande de la Première Guerre mondiale, des films dans lesquels le Kaiser Wilhelm était présenté comme un épouvantail. Ces conseillers donnent à Hollywood des instructions précises : il faut éviter à tout prix deux types de pièges. D’une part il ne faut pas présenter Hitler, Mussolini et le premier ministre japonais Tojo comme les seuls coupables. D’autre part il ne faut pas présenter les peules allemand, italien et japonais comme collectivement coupables. Non, non, insiste Washington :ceux que les films américains doivent désigner comme coupables ce sont les systèmes de gouvernement antidémocratiques. Le fascisme. Le militarisme.

 Hollywood écoute ces instructions d’une oreille distraite…C’est vrai, les héros blessés des films de guerre américains prononcent de beaux discours sur la beauté de la démocratie américaine avant de mourir. Vrai aussi : dans les films de l’époque on fait bien la distinction entre « italien » et « fasciste », entre « allemand » et « nazi ». Mais les japonais sont collectivement traités de « japs », quand ce n’est pas de « them, monkeys » (singes), de rats bridés, de sales créatures jaunes, de sous-hommes ou, carrément  pas d’êtres humains (« It ain’t people ! ». «  Guadalcanal Diary » de Lewis Seiler 1943. Voir nos prochains articles.)

 Le cinéma américain est incapable traiter le peuple japonais avec le même respect qu’il réserve à ses ennemis de race blanche. (tout comme le gouvernement américain, qui ne peut pas s’abstenir d’interner dans  des camps de détention 120 000 américains d’origine japonaise, alors qu’il ne lui viendrait pas à l’esprit d’interner leurs compatriotes d’origine allemande ou italienne…).

 Fin de la première partie. Suite demain.

Je vous propos de visionner un très beau film sur les Nissei (les américains d’origine japonaise) : « Hell to Eternity »("Saipan") de Phil Karlson, film de 1960 avec Jeffrey Hunter dans le rôle d’un jeune américain adopté par une famille japonaise et qui devient un héros et, en même temps un «  pacificateur », durant la guerre du Pacifique !

 Elisheva Guggenheim-Mohosh

vendredi 4 janvier 2013

La bataille des Ardennes: scènes mythiques, erreurs et malentendus...


J’ai revu récemment deux films, deux grand classiques du cinéma de  guerre :« Battleground » (« Bastogne ») de William Wellman, datant de 1949, et « The Battle of the Bulge » (« La bataille des Ardennes ») de Ken Annakin, datant de 1965. Les deux films relatent le même épisode de la Deuxième Guerre mondiale : l’immense offensive des blindés et de l’infanterie allemande contre les forces américaines en Belgique en décembre 1944, dernière tentative de Hitler de renverser le cours de l’Histoire et repousser les forces américaines qui avançaient inexorablement vers le territoire allemand.

 Certaines scènes de ces  films, ( auxquels tout un florilège de grands acteurs de l’époque participait) restent dans la mémoire de tous les cinéphiles. Commençons par la scène la plus simple. (simple, mais jubilatoire!) Celle qui a rendu célèbre à jamais un mot , un seul : « NUTS ». (Textuellement : « noix ». Signification réelle : « foutaises »).  Scène tirée du film «  Battleground » (Bastogne) de William Wellman, avec la participation d’acteurs tels Van Johnson, John Hodiak, Ricardo Montalban, James Whitmore…Lorsque les troupes allemandes encerclent les forces américaines à Bastogne, en Belgique, un courrier allemand arrive, muni de l’habituel drapeau blanc, et remet à  l’officier américain de garde  une offre du commandement allemand : capituler pour empêcher une bataille sanglante qui détruirait la ville. Réponse américaine : «  Nuts »… Noix ??? ( Nüsse, en allemand…) Comment interpréter cette réponse ? « Is this a positive or a negative answer ? »-s’enquiert l’officier allemand… Réponse cinglante de l’américain : «  Nuts is strictly negative !!! » Bastogne  (et en générale toute la bataille des Ardennes) et le mot « NUTS » (foutaises…) resteront à jamais associés…Sauf que, dans la réalité, c’était le général américain McAuliffe qui a prononcé le mot…

Autre scène mémorable, la fin du film, le fameux « Sound-off », que nous entendons dans tous les films américains,en particulièrement ceux qui  ont pour sujet les camps d’entraînement des « marines ». Le sergent-instructeur récite les strophes d’une sorte de « poésie orale », par lui composée, (souvent les pires cochonneries, que les jeunes recrues, actuellement aussi bien  des hommes et des femmes, répètent avec bonheur). Chaque strophe se termine par le « mythique »Sound-off . (Sound- off, one two, sound- off, three four. Sound- off, one two three four, THREE FOUR!!!) –que tous les soldats américains hurlent ensemble. Ça fait partie, chez eux, de l’esprit de corps…

 Mais le « Sound-off » à la fin de « Battleground » de William Wellman est un « sound-off » à- part dans l’histoire du cinéma de guerre. Le sergent Kinnie (James Whitmore) ramène de Bastogne une compagnie meurtrie, décimée par les combats, qui semble complètement démoralisée…et pourtant : peu à peu, à 

chaque pas, le « Sound-off » résonne plus fort. Encouragés par leur sergent, les survivants de la bataille des Ardennes lèvent la tête, se redressent  et répètent les paroles avec plus en plus de courage et de fierté,  de plus en plus de conviction et de  certitude : ils vont gagner la guerre.

 Deux exemples de véritable « dialogue intertextuel » répondent à cette scène mythique du cinéma de guerre américain. A la fin du film « The Boys in Company C » de Sydney  J. Furie datant de 1978, on peut voir (et entendre ) un « Sound-off à l’envers » : les soldats américains démoralisés de la Guerre au Vietnam chantent, sans entrain, en s’éloignant lentement des spectateurs.(alors que les combattants  de la « bonne guerre », la guerre dont les américains sont sortis victorieux, avancent triomphalement vers le caméra, vers le spectateurs.) Et il s'agit ici d'un véritable clin d'oeil du réalisateur à" Bastogne" de W. Wellman: l'officier qui commande le triste "Sound -off" vietnamien n'est autre que l'acteur James Whitmore Jr, fils du comédien qui a joué le rôle du sergent Kinnie dans le film de Wellman. Un véritable dialogue intergénérationnel, un message du fils au père, des combattants de la guerre  perdue  aux héros  de 1944...


 Autre exemple:dans le film « Go Tell the Spartants » de Ted Post, datant également de l’époque de la grande désillusion post-vietnamienne (en français « Le Merdier », 1978), le comédien Burt Lancaster s’écrie « Ah !!! Bastogne !!! »( Bastogne, les Ardennes, Noël 1944 : quelle différence par rapport à notre présent honteux…) 

 Venons- en au film de Ken Annakin. Des pages entières de l’internet sont consacrées aux erreurs de tournage et aux inexactitudes historiques  du scènario du film « La bataille des Ardennes » (The Battle of the Bulge) , une superproduction à la fois critiquée et admirée. On a eu beau d’aligner les meilleurs acteurs (Henry Fonda, Robert Shaw, Robert Ryan, Dana Andrews, Telly Savalas et, last but not least, l’Allemand Hans Christian Blech). On a eu beau d’engager comme conseiller technique Meinrad von Lauchert, le véritable commandant de la 2-ème Panzer Division durant la bataille des tanks en décembre 1944. Rien n’y fait : on ne peut pas tourner des scènes de la Bataille des Ardennes, ces forêts belges couvertes de neige lors de l’hiver froid de décembre 1944, dans le paysage aride de la Sierra de Guadarrama en Espagne, sans enlever une grande partie de la crédibilité des scènes de combat !

 Mais une scène reste mythique. Parfois pour de très mauvaises raisons .C’est la scène où le colonel  SS Hessler,  ( le très regretté acteur anglais Robert Shaw) , commandant de la Panzer Division chargée à écraser les américains, demande à voir les nouveaux commandants de ses tanks Tiger… Et là, le choc. Il voit (et nous voyons avec horreur) un tas de gamins retirés de leurs lycées et entrainés à la hâte pour le combat final.. .Il s’ensuit un dialogue cynique entre Hessler qui se plaint « des gamins…que des gamins » et le général qui affirme « Très bien ! Au moins ils ne connaissent pas encore le goût de la défaite !!! » Les gamins ainsi « insultés » entament alors le Panzerlied, le chant de combat des blindés allemands, en frappant le rythme avec leurs bottes .Les deux vétérans, le colonel Hessler et son ordonnance Conrad  (rôle interprété par l’excellent acteur allemand Hans Christian Blech, qui a véritablement combattu sur le front de l’Est à la Deuxième Guerre mondiale),  dont ni l’un ni l’autre ne croit plus à la victoire allemande, sont fascinés, subjugués par l’enthousiasme des jeunes recrues. Ils se joignent à leur chant martial : « Unser Sieg, Ja,  Unser Sieg !!! ». C’est une scène d’une rare puissance, une scène dont de très nombreux spectateurs, tout en appréciant la splendeur cinématographique, ont tout de suite compris le danger.

Aujourd’hui, sur You Tube, nous voyons plusieurs versions de cette scène. La première dure environ 3 minutes 50 secondes : c’est la version correcte, qui place le Panzerlied dans le contexte du dialogue qui le précède . Une version courte qui enlève le dialogue et laisse seulement la chanson : une sorte de fascination malsaine s’en dégage. Et une version totalement révoltante : celle  qui falsifie  le propos des scénaristes et du réalisateur Ken Annakin, qui consiste en un montage des scènes de combat de tanks, un montage sur fond du Panzerlied, un montage tout entier fait à la gloire de la Deuxième Division des Panzer allemands, complètement sorti du contexte du film et du contexte historique. Car  les paroles de cette chanson, nous les entendons deux fois dans le film, les deux fois dans des circonstances tragiques : la première fois dans la scène dont nous parlons, la deuxième fois lorsque « les gamins » ainsi que leur commandant, le colonel Hessler, brûlent vivants dans leurs tanks immobilisés, à la fin du film. (voir « Hessler’s Death » sur You Tube.) Ce n’est que dans la double perspective,  à la fois du film de Ken Annakin et de la réalité historique, à savoir l’alignement  des vieux et des enfants allemands pour combattre pour les dernières folies du Führer, qu’on peut réellement comprendre la beauté et la dimension réelle de cette scène devenue mythique.

Je dédie cet article à la mémoire de ma mère, Klàra Mohos.

Elisheva Guggenheim.

vendredi 28 décembre 2012

Guerre du Vietnam: l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis. (V). Florilège de musiques, livres, films, montages sur You Tube...

« We don’t smoke marijuana in Muskogee, we don’t take no trips on LSD"…"We don't burn no draft-cards down on main-street"...Et encore:..".We don’t let our hair grow long and shabby, like the hippies out in San Francisco do"... Enumération très ironique de tout ce que les gens ne font pas à Muskogee, Oklahoma, U.S.A !!! " Okie from Muskogee",chantée par Merle Haggard sur You Tube, sur la bande originale 33 tours et le CD de « Platoon » d’Oliver Stone et par une bande de copains complètement  défoncés dans une scène du film…

 A écouter aussi le merveilleux Adagio for Strings de Samuel Barber, thème principal de « Platoon » (1986).

 
Egalement pour la musique classique : « La chevauchée des Walkyries »  de  Richard Wagner,  avec ou sans le bruit des hélicoptères mixé dans la musique. (Non sur le CD, oui sur 33 tours, bande originale du film « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola, et, bien sûr, oui sur les videos du film et sur les scènes visibles sur You Tube).

 
« The End » par les Doors:" This is the end, my only friend, the end..". Sur 33 tours, sur DVD et sur et la scène visible sur You Tube , vous trouverez un mixage  magnifique de la voix de Jim Morrison avec le bruit  des hélicoptères, et ensuite avec le son des  ventilateurs dans une chambre,( sur fond d’images de jungles et de napalm) et la voix de Martin Sheen qui dit : « Saigon… Shit. I’m still in Saigon… » A revoir absolument la scène et re-entendre la chanson. « Apocalypse Now », 1979.

 
« Good -bye my sweetheart, hello Vietnam” chanté par Johnny Wright sur la bande originale de
“Full Metal Jacket” de Stanley Kubrick. Egalement sur  ce CD, la musique originale composée par la fille de Stanley Kubrick, Abigail Mead, (Vivian Kubrick) “Sniper”, illustrant les sons du siège de la ville de Hué durant l’Offensive du Têt. Absolument superbe. Mais l’illustration musicale des
 films de Kubrick est toujours très bonne !

 
Pour la «  Guerre des Deux Barry » qui a fait rage sur les ondes des stations de radio en Amérique, au début de la guerre du Vietnam, en 1965, il faut absolument écouter (ou re-écouter) Barry MCGuire chantant  « Eve of Destruction » (mais il faut vraiment écouter la version originale de 1965 !!). Chanson anti-guerre : « You’re old enough to kill but not for voting… ». Il faut aussi écouter l’autre Barry, le  Staff  Sergeant Barry Sadler chantant la très patriotique « Ballad  of the Green Beret ». Chanson que le compositeur Miklòs Ròzsa a transformé en Hymne pour la musique originale du risible « Green Berets » de John Wayne, qu’il faut voir, ne serait-ce que pour la scène finale, où le soleil se couche… à l’Est. ( Ne le prenez pas mal. J’adore John Wayne.)

 
Pour les livres : bien sûr, le meilleur est « Vietnam, a History » de Stanley Karnow. «Dispatches » (en français « Putain de Mort ») de Michael Herr est un chef- d’oeuvre. « The Short Timers » (en français « Le merdier » ou Full Metal Jacket) de Gustav Hasford est à lire absolument. Les très intéressants « Dear America, Letters Home from Vietnam » recueil de lettres de soldats américains au front, et «Long Time Passing, Vietnam and the Haunted Generation » de Myra McPherson sont mes préférés. Pour connaître les origines de la guerre lire « Planning a Tragedy » de Larry Berman.

Deux bons montages sur Yout Tube:" The Vietnam War" sur la musique de "The House of the Rising Sun" (The Animals) posté par Toby009, vu par presque 3 millions de personnes et "The Vietnam War" sur la musique de "Paint it Black" (The Rolling Stones) posté par THEFUZZ5445, vu par plus  de 8 millions de personnes. (Ma préférence personnelle: The Animals, montage plus rythmé.)


Finalement, un magnifique film très sous-estimé, un film de deuil d’un réalisateur  en deuil, « Gardens of Stone », (Jardins de Pierre) de Francis Ford Coppola, 1987. Très loin des bruits et des fureurs d’Apocalypse Now et toujours autant de talent.

 

Fin de la série de cinq articles.

 

Elisheva Guggenheim-Mohosh

mercredi 26 décembre 2012

Guerre du Vietnam:l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis. Quatrième partie: My Lai, "stoned murder"!

(voir nos articles du 24, 25 et 26 décembre 2012)

 
Le matin du 16 mars 1968 une unité appartenant à la Division Americal assassine brutalement 347 civils, hommes, femmes et enfants, dans un hameau vietnamien nommé My Lai. Pendant que les soldats américains commandés par le lieutenant William « Rusty » Calley violent, mitraillent et brûlent leurs victimes des dizaines de hélicoptères et d’avions survolent la région à basse altitude. Leurs pilotes prétendront de n’avoir rien vu, rien entendu .Ils ont tous été frappés de cécité et de surdité ce jour-là. Sauf un : Hugh C. Thompson, qui atterrit, pointe sa mitraillette sur le lieutenant Calley  et lui arrache quelques survivants du massacre, qu’il évacue dans son hélicoptère.

 
Hugh Thompson essaie d’alerter ses camarades, ses supérieurs, l’aumônier militaire .En vain. On lui fait entendre raison : il faut qu’il arrête de bavarder…Et Thompson finit de rentrer dans le rang. Il se tait.

 
Il se produit alors un miracle. Le soldat Ron Ridenhour n’était pas présent à My Lai. Mais certains de ses camarades lui racontent des histoires horribles. Ce sont de bons garçons américains, des types tout à fait normaux .Et c’est ce qui fait peur à Ron Ridenhour. Certains de ces garçons qui, chez eux, en Amérique, n’auraient pas levé la main sur un gosse, lui avouent d’avoir tué, violé, brûlé, massacré des dizaines de civils vietnamiens. Pendant des mois Ridenhour fait l’enquête en silence. Il réunit des noms, des faits, des preuves. De retour aux Etats –Unis il adresse une lettre dactylographiée à trente membres du Congrès américain. L’affaire éclate en public en novembre 1969. Le lieutenant Calley est arrêté, inculpé de meurtre, jugé et condamné à la détention à vie en mars 1971.

 
L’affaire déchaîne les passions en Amérique. Une grande partie de l’opinion publique est sincèrement choquée de ce qu’on a appelé « stoned murder » (du meurtre commis par des soldats complètement « défoncés » par la drogue). Elle ne reconnaît plus les « boys », ces garçons que la nation a envoyés outre-mer pour défendre la liberté. « C’est donc cela, une guerre menée par une démocratie ? » se demandent-elle, effarée...

 
Mais beaucoup d’américains sont choqués, au contraire, du bruit fait autour de l’affaire. La « Ballade de Rusty Calley », « brave gars de chez nous », qu’on « embête »pour avoir éliminé quelques communistes, se joue dans tous les juke-box du pays. Des milliers de lettres et de télégrammes sont envoyés à  la Maison Blanche, exigeant la révision du procès. Pour ces milliers d’américains Calley n’est qu’un bouc- émissaire. Il faut le libérer.  Le président Nixon finit par entendre ces voix : la sentence est réduite à dix ans d’emprisonnement. En 1974, au bout de cinq ans en prison, Calley libéré rentre chez lui.

 
Mais pour des millions d’américains l’affaire ne s’arrête pas là .Pour eux aussi Calley n’est qu’un misérable bouc-émissaire. Un bouc-émissaire qui s’est fait condamner pour les crimes de ses soldats, de ses supérieurs hiérarchiques, pour les crimes de l’armée américaine toute entière, pour le « système » tout entier…Ce n’est donc pas le lieutenant Calley seul qui aurait dû se trouver dans le box des accusés. Des dizaines, des centaines, des milliers d’accusés auraient dû le partager avec lui. Tous ceux qui ont commis le massacre. Ceux qui, comme le commandant de la Division Americal, ont tout vu et su et n’ont rien dit. Et surtout ceux qui ont rendu une telle chose possible : ceux qui ont inventé la notion infâme de Free Fire Zone – Zone de Tir à Volonté !

 Dans ces Zones, réputées « infestées » par le Vietcong on questionnait souvent les paysans dans les champs. La conversation se déroulait difficilement : la barrière de la langue sans doute…A la fin de la conversation le paysan vietnamien se retrouvait parfois mort. Le soldat teenager ne s’embarrassait pas d’explications. On lui a mille fois répété : « Shoot first, talk later » (Tire d’abord, cause ensuite). « If it’s dead, it’s VC » (si c’est crevé, c’est que c’était du Vietcong…). Fallait-il s’étonner, que dans ces conditions  ces teenagers (âge moyen : 19 ans) ne sachent pas distinguer entre meurtre permis et meurtre punissable ?

 Après le procès Calley, pour l’Amérique et pour le monde, My Lai devient synonyme de Vietnam. Des centaines de milliers de soldats qui n’ont jamais touché un cheveu d’un civil innocent, s’entendront appeler « Baby Killer » (tueur de gosses) à leur retour de la guerre .Des milliers de garçons américains qui ont risqué leur vie en portant secours à des villageois vietnamiens terrorisés par le Vietcong se feront traiter de Baby-Killer au même titre que les massacreurs de My Lai. Leur réinsertion dans la société américaine n’en sera que plus difficile.

Ces quatre récits  sont tirés de mes articles au Journal de Genève et de mes émissions à la Radio Suisse Romande, Espace2. Pour actualiser cet article deux remarques: Ron Ridenhour est décédé
en 1998, à l'âge de 52 ans. William Calley a demandé pardon, très tardivement, en août 2009, pour le massacre de My Lai.

 Demain, en cadeau, un florilège de livres, films, musiques, montages sur You Tube en rapport avec la Guerre du Vietnam.

 Elisheva Guggenheim-Mohosh

Guerre du Vietnam:l'Offensive du Têt, prélude à un gâchis. Troisième partie:la génération hantée...


(voir nos articles du 24 et du 25 décembre 2012)

 
« There is no front-line in Vietnam » (Il n’y a pas de ligne de front au Vietnam…)-dira la Platoon Sergeant Clell Hazard (interprété par l’acteur américain James Caan) dans l’excellent Gardens of Stone (Jardins de pierre, 1987) de Francis Ford Coppola. Pour le sergent-instructeur Hazard, vétéran de la guerre de Corée, la guerre de Vietnam est une mauvaise guerre et les vies des jeunes soldats y sont inutilement gaspillées .Ces très jeunes soldats américains, âgés, en moyenne, de 19 ans, sont ce que l’on appelle des « short-timers ». Il  font  un tour de service au Vietnam d’exactement 395 jours. Contrairement à leurs ennemis communistes, le maquis du Vietcong, mais aussi les soldats de l’armée régulière nord-vietnamienne, qui combattent « jusqu’à la victoire finale », le soldat américain, auquel personne n’a expliqué ce que veut dire « une victoire finale » dans une « guerre limitée », ne sait pas ce qu’il fait exactement au Vietnam… Il sait seulement qu’il rentrera en Amérique, s’ il survit sans mutilation ou sans blessure grave, 394 jours… En attendant, il marche, sans but précis, de jungles en rizières et de rizières en jungles. Il marche, il a peur et il tue.

 Il n’y a pas de « soldats planqués » au Vietnam .Des unités de combat jusqu’au dernier « clerc planqué » dans les bureaux d’une base militaire, tout le personnel américain est soumis à un stress sans relâche. Incapable de reconnaître l’ennemi parmi la population, le soldat américain voit du Vietcong partout. Il a peur à chaque pas et à chaque minute d’une mine, d’un engin piégé, d’une attaque à la roquette. Peur des passants et peur des paysans aux champs, peur des jeunes femmes qui peuvent tirer une grenade des couches de leur bébé, peur des enfants qui peuvent renseigner le Vietcong.

 
S’il tire, il risque de tuer un civil innocent. S’il hésite il risque sa vie et celle des ses camarades. Et il hésitera d’autant moins qu’à la guerre du Vietnam, en absence d’objectif précis, la seule preuve tangible de la « victoire » c’est le nombre des cadavres de l’ennemi. C’est le sinistre « body count », le décompte des tués vietnamiens : unité de mesure totalement pervertie, qui mènera certains soldats vers la folie et vers le meurtre gratuit.  « Shoot first, talk later », diront les soldats teenagers… (tire d’abord, cause ensuite…). Et encore : « If it’s dead, it’s VC », (si c’est crevé c’est que c’était du Vietcong…).

 Si le jeune soldat américain est touché, il devra, grâce au miracle du MEDEVAC (évacuation rapide des blessés par hélicoptère) faire face à des mutilations rarement vues dans les guerres précédentes, parce qu’un triple, quadruple amputé y mourrait avant d’arriver sur la table d’opération.

Rapatrié sans transition des riziers vietnamiens vers les gratte-ciel américains, réimplanté dans une société au mieux indifférente, au pire hostile, il devra y faire face à des préjugés, des injures, se faire appeler « baby –killer » (tueur de gosses), il sombrera très souvent dans ce qu’on a commencé, très vite, appeler « le syndrome du vétéran du Vietnam » : le fameux D-PTSD (Delayed Post Traumatic Disorder) : choc post- traumatique , accompagné d’une totale perte de repères et, surtout, de «  perte de signification » (« loss of meaning »)… D’où le taux très élevé de divorces et de suicides parmi les vétérans de cette guerre que l’Amérique finira par perdre.

 

Fin de la troisième partie. Suite demain : My Lai et après, "stoned murder"...

Je vous recommande de revoir deux films de Francis Ford Coppola : le très-très fameux « Apocalypse Now » ,1979 et surtout le très sous-estimé et néanmoins magnifique « Gardens of Stone » (Jardins de pierre, 1987). Deux films d’Oliver Stone : «  Platoon »,  1986, et « Born On a Fourth of July”1989, (Né un quatre juillet, où, pour une fois, Tom Cruise joue vraiment très bien!)

 

Elisheva Guggenheim-Mohosh